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Vendredi 11 décembre 2009 5 11 /12 /Déc /2009 17:19

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........................................................................................ 11ème épisode

 

Très vite, à "Les Moines", ce fut la déconfiture. Par le biais de Satan, qui sait… ? Le quotidien était devenu un enfer ; tout s’était désagrégé. Gisèle, pourtant comptable de son métier, s’embrouillait dans les chiffres, en confondant « bénéfice et chiffres d’affaires ». Elle-même et son compagnon, étaient devenus les principaux clients de leur propre commerce. Souvent, ivres-morts, dans l’incapacité d’assumer leur travail, ils fermaient boutique pour s’offrir un roupillon comateux, duquel ils émergeaient souvent très tard. Tous les habitants du bourg ainsi qu’aux alentours, s’interrogeaient sur ces parisiens qui préféraient faire la nouba plutôt que de se mettre sérieusement au boulot. « Ricard » et tiroir-caisse, jouaient au ping-pong, en se renvoyant la balle. Giselle, était devenue irascible et méchante. Les altercations entre elle-même et son concubin, étaient fréquentes. Ils s’engueulaient pour des broutilles et le moindre mot de travers, mettait le feu à la poudre. Monique, la sœur de Bernard, qui débarquait pour de fréquents séjours chez son frère, était devenue le bouc-émissaire de Gisèle, qui scandait à tout bout de champ « Ta sœur, ta sœur… J’en ai marre de ta sœur ! » Un matin, levée du pied gauche, elle prit la pauvre femme pour cible qui, je le réitère, souffrait d’un grave cancer du colon. Après l’avoir affublé de tous les noms d’oiseaux et adjectifs sortis de son répertoire personnel, elle redoubla de colère en rajoutant qu’elle ne tolérait plus ses jérémiades de comédienne et que la porte lui était grande ouverte. En clair, elle lui pria de faire ses bagages et de disparaître !

 

Pour Monique, ce fut significatif et surtout, ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Sans riposter, elle s’exécuta, fit ses valises et demanda à son frère de la conduire à la gare de Château-Thierry. En réalité, ce fut un adieu car, ils ne se revirent jamais. Atteinte au plus profond, elle ne pardonna jamais à sa belle-sœur, de l’avoir virée comme une malpropre, sans le moindre égard pour ses souffrances. Ceci expliquant cela, elle fit également une croix sur son petit frère Bernard, qu’elle adorait.

 

Quant à Christiane, ma préférence à moi, de son univers clos elle contemplait tout ce gâchis ; le cœur lourd et en extrapolant sur le pire. Les week-ends, ses parents étant trop abrutis par l’alcool, elle prenait le relais en s’installant derrière le comptoir. Si bien, que du vendredi soir au dimanche soir, le bistrot ne désemplissait pas. Tous les garçons de la région venaient pour plaisanter, se changer les idées, jouer au baby-foot et boire de la bière. Christiane, étant toute jeune - et     en dépit de ce qu’elle pensait d’elle-même - était ravissante, attirait la clientèle. Hélas, une fois cette dernière repartie à Paris, les volets – irrémédiablement – se baissaient de nouveau.

 

Gisèle passait ses nerfs sur tout le monde ; même sur sa jeune fille qui, pourtant, l’aidait au maximum. Un dimanche après-midi très ensoleillé, la jeune fille était assise en terrasse en compagnie deux garçons avec lesquels elle venait d’engager une conversation animée. Sa mère, l’ayant surprise dans une position - selon sa théorie - indécente,  fonça direct sur sa fille en injuriant les deux jeunes qui étaient présents. Christiane, avant de se ramasser deux beignes magistrales en pleine figure, s'entendit traiter de 'putain". Quelle honte ! Les larmes aux yeux, la jeune fille, partit se réfugier dans sa chambre. Certains alcooliques, une fois pleins, se contentent de dormir. Or, en ce qui concernait Giselle, l’alcool lui montait à un tel point à la tête, qu’elle en devenait redoutable. Entre deux comas éthyliques, le couple « Lefau », fit faillite et dût obligatoirement déposer le bilan. Cette folie, ce semi-suicide, avait engendré le congé – je dirais même mieux, la débâcle - de tous les ex-noceurs.

 

Résultat : plus un sou en caisse, ni à la banque et des dettes pour des années. Il y eut évidemment une liquidation judiciaire. Le petit appartement de la rue des Rosiers, qui n’appartenait pas à Christiane, fit partie du lot. Les anciens propriétaires, anéantis, récupérèrent - dans un piteux état -  leur commerce auquel il tenait tant et qu’ils avaient dû vendre, aux fins de  profiter d’une retraite bien méritée. Pour eux, vieux et fragiles, le monde s’écroulait. Après avoir dû avaler et digérer les blâmes et les reproches du couple de vieillards, Giselle et Bernard, furent gentiment priés de mettre les voiles. Pour seuls bagages, leurs vêtements et quelques objets personnels, indispensables. Redevenus lucides, ils durent faire face à leur désespoir, à leur chagrin, à leur solitude et... à leurs regrets… Désormais, englués dans une misère noire, il était temps qu’ils se mettent à la recherche d’un logement, pour éviter de dormir à la belle étoile.

 

En ce début des années soixante-dix, les emplois foisonnaient. Ils ne furent pas longs à trouver un emploi d’aides cuisinier dans un restaurant pour routiers « L’Auberge  Rouge », avec comme gros lot, un logement de fonction. Ne dit-on pas que nous avons tous un Ange Gardien ? Ils disposaient d'une coquette maison d’un étage, d’une cave et d’un garage, en plein centre du village. A l’endroit même ou trônait, comme un pied de nez à leur passé, le bar du village !! Dans la vie, il n’y a pas de coïncidences. Un proverbe est à retenir : « Rien n’est jamais acquis ». C’était descendre bien bas, après avoir eu une situation assise et avoir hérité d’un capital !!

 

Bye, bye, mes chéris !
............................................................................. A suivre

Par CANNELLE - Publié dans : UNE VIE...
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