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Baisse-t-on définitivement les bras devant la délinquance ?

 

 

 

 

 

 

 

 

A-t-on définitivement baissé les bras devant la délinquance ?

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Le 24 septembre 2013

Gabrielle
Cluzel
Ecrivain, journaliste.
Son blog.
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Le Figaro vient de le révéler : conséquence du braquage du bijoutier de Nice, les représentants d’associations de commerçants ont décidé de s’inviter dans le débat sur la pénibilité du travail. Dans un courrier qu’ils vont adresser à Jean-Marc Ayrault, ils demandent que soient reconnues les souffrances et l’angoisse générale d’une profession qui est l’objet d’agressions permanentes, afin de permettre aux commerçants de gagner les trimestres supplémentaires nécessaires pour un départ précoce à la retraite. Les bijoutiers ne seraient pas les seuls concernés, mais aussi les buralistes, les supérettes, les boulangeries, les stations-service et tous les commerces de détail qui brassent des espèces jusque tard dans la soirée et sont devenus des cibles privilégiées depuis que les établissements bancaires sont devenus ultra-sécurisés.

 

Comme si, en somme, le braquage était devenu une nuisance contre laquelle on ne peut rien, la délinquance une substance nocive à laquelle certains corps de métier sont inéluctablement exposés. Les petites frappes sont comme la nuit, les espaces confinés et les charges lourdes : un critère de pénibilité de l’emploi que le droit du travail, et à travers lui la société française, doit compenser dans un esprit d’équité sociale.

 

Sauf que, si l’on ne peut rien contre la course du soleil, si l’on ne peut guère mettre au régime Dukan les pensionnaires de maisons de retraite impotents qui donnent des tours de rein aux aides-soignants chaque fois qu’ils passent du lit au fauteuil, et que les conducteurs du métro, jusqu’à preuve du contraire et sauf peut-être sur la ligne 6, n’ont pas tellement vocation à respirer le grand air, on peut peut-être essayer d’éradiquer la délinquance ? Mais non, chacun a l’air de hausser les épaules, et de considérer cela comme une catastrophe naturelle, une sorte d’inondation que l’on ne peut que constater avec fatalisme en étalant des serpillières pour éponger. D’où l’étonnement candide du frère de feu le braqueur de Nice : mais pourquoi le bijoutier s’est-il défendu alors qu’il lui suffisait d’attendre benoîtement d’être indemnisé par son assurance ? C’est la procédure normale : le commerçant donne sa caisse, le braqueur se barre, l’assurance rembourse, les primes augmentent et la société trinque.

 

Pourquoi ne ferait-on pas de même avec les retraites ? Avec les retraites des commerçants, mais aussi avec celles des profs, ce ne serait que justice. Les incivilités se multiplient, les trafics de drogue aussi, le prof devient très vite un flic, mais n’en valide pas pour autant les trimestres pour la retraite. Vous trouvez peut-être ça normal ? Les cours de morale laïque, c’est bien, mais c’est comme les vitres anti-effraction des bijoutiers, ça fait plaisir mais ne sert globalement pas à grand-chose, alors que la perspective de prendre une retraite anticipée…

En plus des commerçants et des profs, il y a bien sûr aussi, cela va sans dire, les urgentistes, les médecins de garde, les chauffeurs de bus, les vigiles, les pompiers, les hôtesses d’accueil de tous poils, les contrôleurs de la SNCF… et par extension tous les corps de métier victimes d’agressions verbales ou physiques récurrentes très pénibles à porter.

Quand, dans notre pays, il ne restera plus que des délinquants et des jeunes retraités, il sera bien temps d’aviser, n’est-ce pas ?

 

 

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