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Comment voulons-nous vivre ? C'est la question.

Comment voulons-nous vivre ? C’est la question.

6 février 2014 par Delmau Jean-Pierre dans La Une, Société   LES 4 VERITES
 
Ceux qui pratiquent les Anglo-saxons savent que, pour eux, le critère décisif, même dans la vie privée, est l’intérêt financier. Chez les « Latins », l’environnement familial et social pèse lourd, et sa protection justifie des efforts. Quand les premiers trouvent « juste » de refuser des soins coûteux à une personne d’un âge, parce qu’on ne pourra pas les « amortir », les seconds sont d’accord pour être solidaires. Ce n’est qu’un exemple, mais il reflète les écarts respectables de choix de vie à l’intérieur de l’UE. Peu importe qui a raison, c’est un fait de civilisation et de culture qu’on n’est pas près de changer.
 
 
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Naturellement, ces choix de vie influencent le modèle économique : l’Etat-Providence, et d’autres choix, sont inflationnistes. Mais ce sont des compromis « prestations sociales/pouvoir d’achat », et où est la majorité prête à y renoncer pour réduire l’inflation ? Car, les taux d’inflation reflétant l’efficacité économique, dans les pays plus inflationnistes, les prix augmentent plus vite et la compétitivité relative diminue.

 

L’inflation influe peu sur le développement économique réel, ni sur l’innovation ou les gains de productivité. Mais agit comme un « coefficient d’efficacité » qui pénalise monétairement le pays ayant un taux d’inflation structurel plus élevé. Le boom de la France et de l’Italie depuis la guerre l’a bien montré : des choix de vie différents n’ont pas freiné leurs progrès. Ces choix étant culturels, il est assez vain d’inviter les Français à se comporter comme des Allemands. S’ils voulaient vivre comme eux, il y a longtemps qu’ils le feraient, et inversement. C’est ce qui fait le charme de la vie.

 

L’ennui est que le charme de la vie, inconsciemment primordial pour chacun, n’est pas facile à intégrer au PIB… Ce qui ne signifie pas que sa valeur soit nulle : les Allemands, qui pratiquent la rigueur, disent « Heureux comme Dieu en France », mais continuent de vivre à l’allemande…

 

Cela ne dispense pas de combattre la mauvaise gestion publique, qui est un grave et coûteux détournement de fonds, ou les dérives syndicales qui affaiblissent tout le monde. Mais faut-il pour autant faire de la fixation sur l’inflation, qu’on sait mal maîtriser ? D’autant que l’inconvénient de compétitivité n’est que monétaire, et que la parade est aussi vieille que le commerce international : réajuster les monnaies n’est que reporter sur les parités de change des écarts d’inflation interne. Et puis, finalement, chacun est libre de vivre comme il l’entend. Ou devrait l’être.

 

Sauf que ce n’est pas l’opinion de la Commission, qui a des idées sur tout et notamment là-dessus, prétend savoir mieux que les citoyens ce qui est bon pour eux, et l’imposer. Elle veut « harmoniser » les conditions de production et de consommation de tous les pays membres, inclus politique salariale, protection sociale, fiscalité, retraites, mesures de sécurité de toutes sortes, normes techniques du matériel industriel et ménager, etc., et maintenant systèmes bancaires, pour que tout le monde fasse comme tout le monde et vive comme tout le monde. Bientôt le col Mao.

 

Il y a 2400 ans, Périclès déclarait (Discours aux morts) : 

« Du fait que l’Etat, chez nous, est administré dans l’intérêt de la masse et non d’une minorité, notre régime a pris le nom de démocratie. » Pouvons-nous encore en dire autant ? »

 

Dans La grande démolition, Roland Hureaux confirme que l’emploi industriel est passé en France de 28% en 1975 à 12% en 2010, et que nous avons maintenant 7,5 millions de « travailleurs pauvres » (gagnant ce que reçoivent les 5 millions de pauvres sans travail). Lui aussi attribue cela au « décalage entre le niveau international de l’euro… et la hausse des prix effective en France, moins important qu’en Grèce, mais beaucoup plus qu’en Allemagne, et qui se traduit par une perte générale de compétitivité« . Cette compétitivité que Madame Merkel enjoint Monsieur Hollande de rétablir toutes affaires cessantes (L. Gallois parle « d’asphyxie par l’euro fort »). Il indique également que « pour la première fois dans l’histoire, l’Allemagne est devenue plus compétitive que la France (pour) la viande… (en raison) de la dérive monétaire ». Dans un domaine où les gains de productivité sont quasi nuls, seule une appréciation injustifiée de la monnaie peut modifier les prix. En clair, la France est toujours plus compétitive que l’Allemagne, mais la dérive de l’euro inverse le résultat !

 

Le 7 février, Laurent Joffrin constatait sur France-Info : 

« Les efforts financiers qu’on a faits en France, qui sont douloureux, ont été entièrement mangés en une semaine par la hausse de l’euro. À quoi ça sert de faire des efforts d’austérité si l’euro est trop fort ? »

 

Après une perte d’indépendance en tous domaines, la politique de l’Union Européenne nous a conduits au bout de 30 ans, sans discontinuer, à multiplier le chômage par 6, ramener la croissance à zéro, réduire le pouvoir d’achat des plus défavorisés, et provoquer un endettement croissant dont on ne peut plus payer les intérêts.

 

L’économie est en survie, la situation sociale dangereusement instable, les finances aux abois, les perspectives bouchées, et les tensions internationales réapparaissent… Qu’on veuille bien nous montrer les avantages avérés qui justifient de « sauver à tout prix » un tel système.

 

Jean-Pierre Delmau