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Hollande à la TV : Un non-évènement...

francois-hollande

Dominique
Jamet
Journaliste et écrivain.
Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d’une vingtaine de romans et d’essais.

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François Hollande prend la parole ce jeudi soir, à l’heure tranquille où les peuples, ces lions domestiqués, vont dîner. Pourquoi ? Pour quoi faire ? Pour annoncer un nouveau gouvernement ? Il n’en est pas question ! Dans ce pays, pas plus sur le terrain de la politique que sur ceux du football ou du rugby, on ne change une équipe qui perd. Pour annoncer une rupture de politique ? En voilà une idée ! Dans ce pays, ce n’est pas parce qu’une politique a échoué, comme en attestent les résultats désastreux que chacun peut constater, qu’on va changer de politique. Ce serait trop simple.

Non, si l’on en croit les indiscrétions savamment distillées par des sources proches du sommet élyséen, l’intervention du président de la République ne constitue qu’un exercice de routine inspiré par un souci purement pédagogique. Le chef de l’État va « rendre compte de son action, rappeler, éclairer, préciser, compléter, expliquer, rassurer… et reprendre le fil de la conversation avec les Français ». En clair, parler pour ne rien dire. Il est vrai qu’il n’a pas intérêt à entrer dans le vif du seul sujet qui intéresse ceux qui l’ont élu comme ceux qui n’ont pas voté pour lui : sa capacité à affronter la crise. Le bilan des dix derniers mois est accablant.

Au moment où l’INSEE nous apprend que le président du pouvoir d’achat n’a pu empêcher celui-ci de reculer en 2012 (de 0,4 %) pour la première fois depuis 1984, les statistiques publiées par le ministère du Travail font état d’un chiffre de 3.200.000 chômeurs enregistrés, auxquels il faut ajouter 1.800.000 demandeurs d’emploi et autres précaires. Ce sont au total 5.000.000 de Français qui se retrouvent ainsi au ban ou aux marges de la société, et tout indique que la dégradation enregistrée pour le vingt-troisième mois consécutif va s’aggraver. 2013 sera l’année de la hausse du chômage et de l’inversion de la cote du président, les deux phénomènes étant évidemment et étroitement liés. Les lendemains chantent faux.

Certes, le Premier ministre, à la veille du non-événement présidentiel, a décrété « la mobilisation générale pour l’emploi », une annonce qui n’est guère que la trois millième du genre depuis 1975 et qui prouve seulement que, dans ce domaine au moins, la mobilisation n’est pas la guerre.

A-t-on vraiment « tout essayé » contre le chômage, comme il est arrivé à François Mitterrand de le dire ? Il est sûr que depuis trente ans, Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Édouard Balladur, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, le RPR, le PS, l’UMP, de nouveau le PS, la gauche, la droite, la droite, la gauche, les présidents et les gouvernements successifs ont abordé le problème et n’ont pas trouvé la solution. Alors, le moment est peut-être venu de s’adresser à d’autres partis et à d’autres hommes pour « essayer » une autre politique ?

Dominique Jamet, le 28 mars 2013 (BOULEVARD VOLTAIRE)