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Il est urgent de revenir à l'école de jadis !!!

Il est vraiment urgent de revenir à l’école d’avant !

Le quotidien Le « Monde » du 5 février dernier nous apprenait que 22% de jeunes Français de 15 ans « sont trop faibles en mathématiques » pour répondre à la question : « si Hélène a parcouru 4 km en dix minutes puis 2 km les cinq minutes suivantes, elle a roulé à une vitesse constante ».

La difficulté était double : d’abord comprendre le texte, savoir lire la question, pour comprendre la question, située dans l’énoncé du problème, et deuxièmement : savoir qu’une heure c’est 60 minutes, que c’est six fois dix minutes, donc six fois 4 kilomètres, soit 4km x 6 fois = 24 km, et que cinq minutes est un douzième d’une heure, et que si l’on parcourt 2kilomètres en 5 minutes, en une heure (60 mn) on en parcourra douze fois plus, soit 2km x 12 fois = 24 km.

Le quotidien comparait les jeunes français à leurs homologues finlandais et chinois de Shanghai qui, respectivement  répondraient à 88 et 96% à cette question élémentaire.

Cet exemple de l’inefficacité croissante de l’institution scolaire est consternant, à plusieurs titres. Ce que l’étude et le quotidien appellent « mathématiques », -quand j’étais écolier-, s’appelait « calcul », « arithmétique ». C’était encore l’époque où l’école primaire communale, tenue fermement en main par des « Maîtres » et des « Maîtresses », par des instituteurs et des institutrices, apprenait aux enfants à lire, écrire et compter.

En supplément, instituteurs et institutrices donnaient aux élèves les points de repères formant l’armature morale de la Nation. D’où venait-elle ? Comment s’était-elle formée ? L’enseignement,  partait de ce paradigme : que nous étions tous les descendants des Gaulois, les fils de Vercingétorix qui avait combattu les légions de Jules César pour défendre  les libertés et l’indépendance celtiques ou gauloises, même si nous étions enfants de Polonais, d’Espagnols, d’Italiens, de Juifs ou de Kabyles.

Nous devenions tous de petits Vercingétorix ! Il ne se trouvait personne pour trouver que c’était mal.

Vercingétorix était notre héros à tous, comme l’était le chevalier Bayard-sans peur-et sans reproche. Quand nous jouions à l’épée, dans la cour de récréation, on organisait des charges et des tournois, le moins lourd sur le dos du plus costaud, on se battait en duel. On était Bayard ou un autre vaillant chevalier, des héros dont l’Histoire de France était riche ; le doigt en avant et tournoyant était  notre épée, notre Durandal. Quelques fois, un doigt-épée n’évitait pas un œil. Mais aucun d’entre nous n’est jamais devenu aveugle, à cause d’un duel ou d’une charge de Bayard de cour de récréation, se ruant sur le Prince noir.

Ce problème de « mathématique », pour élèves de quinze ans, était alors un de ces problèmes presque quotidiennement posé et résolus depuis longtemps, déclinant les « problèmes de trains qui se croisent », de baignoires qui se vident tout en s’emplissant, dont on commençait à chercher et à trouver les solutions, en classe de CM1 (entre 9 et 10 ans), et que l’on continuait à apprendre à approfondir en classe de CM2, – et pour ceux qui restaient à l’école communale- et jusqu’au certificat d’études primaires (14 ans).

Après avoir passé une année en classe de fin d’études, – ayant raté une première fois mon examen d’entrée en classe de sixième à la fin du CM2-, je suis arrivé avec un an de retard au cours complémentaire d’un quartier ouvrier (le haut de Ménilmontant). Le Professeur, enseignant les mathématiques, fit précéder son premier cours d’un discours. Je me rappellerai toujours de ses paroles empreintes de solennité: « Messieurs, -(Messieurs, nous avions entre 11 et 12 ans)- je suis votre professeur de mathématiques. Désormais, vous n’allez plus apprendre l’arithmétique, vous allez étudier… les mathématiques. Vous verrez, c’est plus de travail. Au début, vous devrez admettre ce que je vais vous dire même si vous ne le comprenez pas. C’est ainsi ! Plus tard, quand vous posséderez cette matière, vous comprendrez pourquoi les mathématiques disent une chose plutôt qu’une autre, pourquoi vous allez apprendre ce que je vais vous dire, sans discuter (…) ».

C’était du sérieux et de l’ardu, que Monsieur Bonnet nous promettait, pas du « neuf fois neuf font combien », ou un pourcentage, comme : combien y-a-t-il de fois 5 dans le nombre 60 ? C’était une autre matière. En effet, on l’apprendra par la suite, avec les équations et la géométrie, on allait se mettre à jongler avec la logique appliquée aux choses, aux phénomènes et à l’espace.

Pour revenir au test pour enfants de quinze ans, dont parlait le quotidien : la première année de classe de fin d’étude me verra, appliquant les lois basiques du calcul.

Je m’appliquerai toute une année scolaire à les mettre en œuvre, pour fabriquer un porte-chapeau en fer et un objet de bois soigneusement scié, limé et poncé au papier de verre. Je me retrouverai avec ceux des élèves de CM1 qui n’étaient pas partis au cours complémentaire pour étudier d’autres matières ou approfondir celles déjà vues à la « communale ».

L’encadrement du cours complémentaire était assuré par des instituteurs blanchis sous le harnais, ayant passé l’examen ou le concours leur permettant de devenir Professeur PEGC,  pour enseigner jusqu’en classe de troisième préparatoire au Brevet d’enseignement du premier cycle (BEPC).

Tous les vendredis matins, alternativement, en travaillant ces deux matières, une semaine le bois et une semaine le fer, nous étions devenus de petits apprentis menuisiers et de futurs chaudronniers-traceurs. Pour ceux qui iraient vers le « schmattès », le travail sur le tissu, pour fabriquer des vêtements, ces opérations de base étaient également nécessaires.

Nous écrivions des mesures et nous tracions des angles sur le bois et le métal, afin de déterminer où allait passer, scie à bois, scie à métaux, rabot, varlope, lime à bois, queue de rat, lime à métaux. Nous utilisions des équerres et des compas. Selon que nous marquions des dimensions sur la pièce de bois ou  sur celle en fer, les outils n’étaient pas les mêmes.

Nous étions tous dans notre douzième année. L’école primaire communale de notre quartier, peuplée très majoritairement d’enfants d’ouvriers, nous avait appris à maitriser les opérations de base (addition, soustraction, multiplication, division, connaissance des distances par le système métrique, maîtrise des termes et des concepts liés aux volumes). En nous préparant à notre avenir de prolétaire, visant à ce que nous devinssions des ouvriers qualifiés, l’école primaire communale nous demandait de mettre en application ces opérations sur la future matière que beaucoup d’entre nous seraient amenés à travailler leur vie durant; la métallurgie étant alors un des importants débouchés professionnels des enfants d’ouvriers parisiens.

L’école qui instruisait, l’école qui « n’éduquait » pas, l’école qui ne prétendait pas initier à la vie et aux relations sexuelles (les « relations sexuelles », c’est comme cela que l’on appelle désormais la relation physique et la pulsion amoureuse), ne fabriquait pas chaque année 18 à 20% d’illettrés et 40000 nouvelles victimes « d’innumérisme » (un nouveau barbarisme langagier pour désigner le phénomène de personnes qui, malgré la scolarisation jusqu’à dix-huit ans, ne savent pas compter, ni de tête, ni sur leurs doigts, en plus, pour beaucoup, de ne pas savoir lire un texte ni même le déchiffrer ).

L’article du journal  essaie de l’expliquer par « un marquage social (qui)est aussi fort en maths qu’en maîtrise de la langue ».

L’école de la république, l’école des instituteurs sortis d’écoles normales – où ils entraient généralement à quinze ans après le BEPC- formait et reproduisait ce peuple français dont Victor Hugo dira « qu’il était le plus instruit du monde ». Pour Victor Hugo, – comme pour tous les républicains en actes, se situant dans la tradition jacobine du Danton déclarant : « l’instruction est le Premier besoin du Peuple après le pain »- l’instruction (savoir, au minimum, lire, écrire, compter, connaître le passé de la nation) était l’outil sans lequel la citoyenneté et la souveraineté populaire n’étaient que mots creux, slogans démagogiques, discours de bateleur.

L’école communale que j’ai connue, c’était celle où chacun de nous devait lire à voix haute, en CM1. On devait « mettre le ton », pour que le maître sache si l’on comprenait effectivement ce que l’on lisait ou si l’on ânonnait.

L’école primaire communale, c’était les classes de CM1 et CM2 où était moqué celui qui bafouillait, parce qu’il n’arrivait pas à lire correctement ou ne comprenait pas l’histoire de ce petit italien, parti seul rejoindre son père travaillant en Argentine. Le moqué n’était pas une vedette. Celui qui lisait mécaniquement était un âne, et il en avait honte. La classe se moquait avec bonhomie, et, si elle abusait, le Maître rappelait à l’ordre.

Dans les classes de cette école, on était fier de savoir lire et encore plus comprendre les mots. On était fier de dire le texte, « avec le ton ». On recevait ainsi les outils pour se comprendre et pouvoir lire et connaître les textes établissant nos droits et nos devoirs.

En classe, nous n’étions pas entrés dans l’anti-civilisation du bolos ; nous étions dans le règne de la récompense et dans celui de la fierté de l’effort. Pourtant, tous, nous étions enfants d’ouvriers. La semaine de travail de la grosse majorité de nos parents était longue. La loi des quarante heures hebdomadaires avait été suspendue en 1945, pour reconstruire le pays. Il faudra la grève générale de mai-juin 1968 pour revenir aux 40 heures hebdomadaires pourtant devenus légaux en juin 1936. C’est dire, que nos parents ouvriers n’avaient guère de temps à consacrer à leurs progénitures qui travaillaient, -avec parfois un coup de règle reçu sur le bout des doigts-, dans des classes peuplées de trente élèves et plus.

C’était ainsi, dans les classes de quartiers ouvriers. A l’époque ou  le BEPC était un véritable examen et quand notre cours complémentaire de la rue Henry Chevreau, -instruisant des enfants du peuple-, avait plus de reçus à cet examen national que tous les grands lycées parisiens.

Est-ce que ce n’est pas la reconstruction, de fond en comble, de l’école, de cette école, qui est à l’ordre du jour, par le retour indispensable sur ce qui produisait le « peuple le plus instruit du monde, le peuple français» ?

Est-ce que la reconstruction de l’école n’est pas un enjeu vital pour la société française, un enjeu stratégique de déliquescence ou de restauration de la Démocratie ?

Alain Rubin