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Jean-Luc Bideau : "La carrière de J. Debbouze est un accident"

Jean-Luc Bideau : « La carrière de Jamel Debbouze est un accident »

 

Dans une interview, l’acteur Jean-Luc Bideau n’est pas tendre avec ses anciens compères Jamel Debbouze, Eric et Ramzy de la série H.

 

 

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[...] Street Press : Certains docteurs vous ont-ils inspiré pour jouer le docteur Strauss ?

Jean-Luc Bideau : Pas du tout ! Ridicule ! [...]

 

Vous avez de bons souvenirs du tournage de « H » ?

Vous savez ils étaient très durs les trois infirmiers (Jamel, Eric et Ramzy, ndlr). Ils venaient de la banlieue et tout… Pas Eric ! Eric c’est un mec assez littéraire qui a une licence d’anglais et d’allemand. Mais sinon… Ce qui m’a le plus tué c’est : « T’es une caillera, j’vais te fonceder »… Tu sais ce que ça veut dire ?

Oui…

 

T’es une racaille, je vais te défoncer ! Pendant une semaine, ils me disaient ça. Je ne comprenais pas et ils étaient morts de rire ! Mon autre souvenir, c’est que je me demandais comment faisaient les réalisateurs pour les supporter. Les mecs étaient impossibles. Ils arrivaient le lundi et jetaient leurs feuilles en l’air : « Merdique, merdique, merdique, merdique. » On voyait les mecs qui avaient passé la nuit à écrire les scénarios qui blêmissaient… Terrifiant. On a eu énormément de réalisateurs. Ils se cassaient car ils n’en pouvaient plus. Et les invités aussi ! Ils ne comprenaient rien ! Les pauvres ! Les acteurs de boulevard d’habitude très habiles, face aux trois, ils devenaient incapables ! J’étais sidérés de les voir marmonner… « Heuuuu … » Ils n’y arrivaient pas ! Et on perdait du temps, merde ! On était tendus !

 

Hebergeur d'image

C

’est pour ça que la série s’est terminée ?

Moi j’ai demandé à réduire mon nombre d’épisodes. Je n’en pouvais plus, c’était insupportable. Ça commençait vraiment à être chiant. Ils déconnaient les trois ensembles avec un univers qui est à eux et qui n’est pas le mien. A un moment donné, ça va ! Et puis le rythme…. Tout allait tellement vite, il y avait 5 caméras. Pour gagner du pognon et faire chaque épisode au plus vite !

Le problème c’était d’être au même niveau d’énergie que les trois. Terrible ! Ils sont terribles ces gars ! Mais tout le temps, tout le temps ! Ça instaure un climat…

Et puis Jamel avait pris sa sœur pour être habilleuse, mais elle était incapable de coudre… Il avait un autre frère, Momo, qu’il avait nommé producteur qui ne faisait que des conneries… [...]

Avec ce casting, la série était quand même montée pour devenir culte, non ?

On a fait un pilote qui a été un bide absolu. Personne ne s’attendait à un succès pareil. Il était inconnu Jamel ! D’ailleurs depuis, les 3 ne font plus de tabac. Jamel fait encore un peu de films mais ce sont des trucs qui sont tellement chers… « Le Marsipulami » par exemple, ça n’a pas été remboursé. La « H mania » est un phénomène incompréhensible. Comme pour « les Ch’ti ».

 

Et « Intouchables » ! Ce mec, Sy… nul avec ses téléphones à Canal ! Nul ! J’ai un copain réalisateur qui l’a eu en casting… il a fait une impro et il s’est fait jeter ! Et là, tout d’un coup il est magnifique. Et maintenant, il est habillé en X-Men aux Etats-Unis !

 

Vous pensiez que Jamel deviendrait la star qu’il est devenu ?

C’est un accident. Comme toutes les carrières. [...]

 

Dernièrement, ça a pas mal chauffé à Trappes, la ville où la série était censée se passer. Vous comprenez cette jeunesse qui se révolte suite au contrôle d’identité d’une femme en burqa ?

 

Ce sont des mouvements sociaux. Ce sont des familles dont les parents sont chômeurs. Tous ces gens, c’est la France qui les a fait venir. Ils sont venus pour construire des immeubles. Et puis, soit on les a shootés, soit ils restaient, mais « mis-à-ban ». Vous savez ce que c’est être « mis-à-ban » ? C’est une expression suisse. Si vous laissez votre voiture là, vous serez « mis-à-ban », on va vous l’enlever. « Mis-à-ban », banlieue, c’est la même chose. On rejette les gens. Paris c’est riche.

 

Plus vous êtes pauvres, plus vous sortez. On vous jette dehors. C’est sans solution, que ce soit la gauche ou la droite.

 

Moi, mon père était de droite, abonné à un journal de droite. Et quand j’étais jeune, je ne pensais qu’à être acteur. Mais quand j’arrive à Paris, tout d’un coup, il y a 30 personnes qui sont étouffées au métro Charonne. Tout d’un coup, ça prend forme. Ma plus grande découverte, c’est la Guerre d’Algérie. Tous les journaux suisses parlaient de « bicots » à l’époque. Et là, je découvre qu’il y a des manifs. Aujourd’hui, je suis toujours au Parti Socialiste où je cotise. [...]

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