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La déculturation en action...

La déculturation en action

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Le 15 novembre 2013   (BOULEVARD  VOLTAIRE)          
Stephan A.
Brunel
Ecrivain.

 

Henri Dutilleux, Bernadette Lafont, Gérard de Villiers, rien ne les rapprochait si ce n’est que, morts en 2013, ils eurent droit de la part des plus hautes autorités de l’État à un silence assourdissant, la ministre de la Culture ne faisant le panégyrique convenu d’usage que pour deux d’entre eux et aucune personnalité politique ne se déplaçant à leurs funérailles.

 

S’il fallait une preuve, pas même de la bêtise, mais de l’ignorance crasse, de l’inélégance, de l’absence de manières de ceux qui nous gouvernent, de ces apparatchiks sortis d’écoles de fonctionnaires où l’on ne forme plus la crème de la méritocratie républicaine, dressés dans des syndicats maison où ils ont fait toute leur carrière sans rien connaître de la vraie vie, nourris au lait des dogmes du parti, eh bien la preuve, la voilà.

 

Sur Gérard de Villiers, la ministre s’est justifiée dans un tweet d’un style hollandissime digne de figurer dans les annales des perles bouvard-&-pécuchetiennes du quinquennat : « Faire des choix, c’est donner du sens. » Trop réactionnaire et incorrect pour nos raides chaisières et nos redresseurs de torts de la rectitude ambiante, on voit le tableau. On aurait pu attendre plus de tact envers un des rares auteurs français qui se vend encore à l’étranger, participant de la défense de l’édition française dont la gauche aime à se flatter. S’il fallait une autre illustration du divorce entre la gauche et le peuple, en voilà une belle !

 

Et que dire de Bernadette Lafont, égérie de la Nouvelle Vague qui ne faisait pas dans le comique troupier et devait plaire en son temps à nos rebellâtres perpétuellement indignés ? Ces gens dans leur jeunesse ne sont-ils allés voir les films de Chabrol, Truffaut, Mocky, Miller avec la belle Bernadette, ou peut-être ne les ont-ils pas compris ? Ou alors en était-elle venue à trop incarner, dans Paulette, son dernier film, la France gouailleuse et poujadiste que haïssent les socialistes, d’autant que Bardot – l’autre égérie, mais du FN – était sa grande amie ?

 

Dutilleux enfin, l’un des plus grands musiciens français, grand-croix de la Légion d’honneur, la plus haute distinction d’État, et un ancien résistant, un compositeur exigeant, héritier de la grande tradition musicale européenne qui se meurt par manque de mélomanes. La ministre ne va pas aux obsèques, mais il est vrai qu’elle avait déjà eu son taf de télés avec celles autrement plus médiatisées de Moustaki.

 

Ce que cela traduit : la déculturation, la disparition de la grande culture, même chez une ministre agrégée et normalienne, née de parents communistes mais qui n’en aime pas le peuple pour autant. La grande culture, c’est trop bourgeois, et la culture populaire, c’est trop populiste. Il est vrai que la ministre mangeant à tous les râteliers s’est prise de passion pour la geste footballistique, qui est hautement culturelle, surtout à l’aune des exploits d’un Zidane, Thuram et Ribéry, et grandement populaire, vu les salaires auxquels leurs vedettes sont payées.