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Le boulet de la dette publique

Le boulet de la dette publique

Tribune libre de Jean-Yves Naudet* (NOUVELLES DE FRANCE)

Le boulet de la dette publique

La crise se prolonge et s’aggrave : nous en sommes tous conscients et inquiets. Pourtant, certains chiffres passent encore inaperçus des Français, car ils semblent plus éloignés de leur vie quotidienne donc moins inquiétants : ils concernent les déficits et la dette publique.

On avait d’abord appris qu’en 2013 l’objectif fixé par le gouvernement à 3% ne serait pas atteint et qu’il serait reporté à 2014. Voici que les résultats pour 2012 montrent aussi un dérapage  : 4,8% au lieu des 4,5% annoncés. Pour être rassurants, il ne manque pas de beaux esprits pour expliquer qu’une réduction trop rapide des déficits aggraverait la crise ! C’est se moquer du monde et exploiter l’ignorance économique de nos compatriotes : en réalité notre économie est plombée par la dette publique.

 

Déficit et dette : les mauvaises surprises

C’est le lendemain de l’allocution du Président Hollande que l’INSEE a publié les résultats des finances publiques pour 2012. Le dérapage est sensible. Le déficit devait être limité à 4,5% du PIB : il aura été finalement de 4,8%. Le déficit a atteint 98,2 milliards pour l’ensemble constitué de l’État (80 milliards à lui seul), des collectivités locales et de la Sécurité sociale. Avant de connaître ce dérapage 2012, on avait appris que pour 2013, où le le déficit aurait dû passer de 4,5% à 3% (suivant la promesse antérieure du gouvernement), la réalité serait moins rose et le déficit ne pourrait être réduit en dessous de 3,8%. En partant d’un déficit plus élevé en 2012, on sera encore plus loin de l’objectif en 2013.

Qui dit déficit dit dette : il faut bien emprunter pour payer ce qui dépasse les recettes fiscales. De ce point de vue, on va de record en record puisque chaque année on emprunte d’une part pour rembourser les emprunts antérieurs arrivant à échéance (donc la dette ne diminue pas) et d’autre part pour financer le déficit nouveau. En 2012, toujours selon l’INSEE, la dette a atteint 1 833,8 milliards (contre 912 milliards en 2002 !), soit 90,2% du PIB (59,1% en 2002). Nous voici, en pourcentage, le sixième pays le plus endetté de la zone euro après le Portugal, l’Italie, la Grèce, la Belgique et l’Irlande, qui ne sont pas des modèles de vertu budgétaire ! Nous allons en 2013 nous situer bien au-delà de ces 90% et la dégradation se poursuivra mécaniquement en 2014.

 

47 milliards d’intérêts par an

Pour beaucoup, tout cela est bien lointain et ne concerne pas leur vie quotidienne ; en outre, puisque le dernier budget en équilibre remonte à 1974, pourquoi s’affoler ? Sans compter les affirmations péremptoires de ceux qui expliquent que la réduction des déficits aggraverait la crise : la religion keynésienne reste toujours très présente.

Cette question du déficit et de la dette reste pourtant très préoccupante et elle est au cœur de la dégradation générale de notre économie. Il y a d’abord le poids de la charge de la dette, donc des intérêts à payer : actuellement 47 milliards d’euros, soit le deuxième poste du budget. Avant d’avoir envisagé la moindre dépense, il faut prévoir près de 50 milliards pour payer cette charge. Or les taux actuels sont faibles, mais plus on s’endette, plus les préteurs peuvent avoir des doutes sur notre capacité à rembourser ; les taux peuvent repartir à la hausse en un éclair : on l’a bien vu pour les pays du sud de l’Europe. Il y a là une véritable épée de Damoclès.

 

Les dépenses de l’État sont stériles

Il faut aussi se demander ce que la dette finance. Lorsqu’on emprunte pour financer un investissement, donc un élément durable, on peut s’interroger sur l’opportunité de cet emprunt, mais cela peut avoir un sens de financer un investissement à crédit, même si la réponse est plus évidente pour un investissement productif (pour les entreprises) que pour l’État. Mais ici la question ne se pose même pas. Les déficits et donc la dette concernent essentiellement des dépenses de fonctionnement : les retraites, l’assurance-maladie, le traitement des fonctionnaires, etc.

Comment peut-on justifier de financer ces dépenses à crédit ? Que dirait-on d’un ménage qui, pendant 40 ans, ferait ses courses les plus quotidiennes au supermarché à crédit? Il n’y a là aucune justification, sauf à croire au dogme keynésien selon lequel les dépenses publiques créent de l’activité et relancent l’économie. Mais on aurait du mal à trouver chez Keynes la justification d’une relance se poursuivant 40 ans. D’ailleurs, suivant le calcul keynésien, 40 ans de relance devraient nous valoir une croissance énorme, plus importante que celle de la Chine ! Il faut réellement être aveuglé par l’idéologie pour ne pas voir qu’au moment où dette et déficits atteignent des sommets, jamais la croissance n’a été aussi faible. Jamais et nulle part le déficit n’a créé la croissance.

 

Où trouver l’argent ?

Maintenant se pose la question : où trouver l’argent pour rembourser ? On peut d’abord le fabriquer ex nihilo. Les États-Unis, avec détermination, la zone euro, avec moins d’enthousiasme, ont eu recours à la piste monétaire. Mais créer de la monnaie pour financer les déficits, sans contrepartie réelle, relève du tour de passe-passe qui peut se payer un jour très cher en inflation.

Alors il faut bien recourir à un nouvel emprunt. Mais vers quels épargnants va-t-on se tourner ? S’il s’agit de l’épargne nationale (un tiers du financement de la dette souveraine en France), cela provoque un effet d’éviction : les dépenses publiques ainsi financées évincent les dépenses privées : de nombreux investissements privés ne peuvent avoir lieu faute de trouver une épargne suffisante, détournée vers le secteur public. S’il s’agit de l’épargne étrangère (deux tiers de la dette), elle nous rend dépendants, notamment des marchés, c’est-à-dire des pays prêteurs (comme la Chine) : nos ministres qui ne parlent que d’indépendance ne réalisent-ils pas qu’un pays surendetté doit se soumettre à ses prêteurs ?

 

Qui paiera en fin de compte ?

En fin de compte, qui supportera le poids de toutes ces dettes ? Ce sont les générations suivantes, à qui nous offrons notre dette en héritage. Est-ce très moral ? Est-ce très habile sur le plan économique ? On plombe l’avenir de la nouvelle génération. La France a pu emprunter fin mars à une échéance de plus de 30 ans ; il n’est pas sûr que la génération de ceux qui ont 20 ans aujourd’hui apprécie le cadeau. Mais en a-t-elle conscience ?

Le déficit et la dette ont conduit nos économies à la crise la plus grave depuis la guerre, creusant la récession. Il faut donc de toute urgence les réduire. Vouloir le faire en augmentant les impôts, a fortiori avec des taux confiscatoires, c’est aggraver la récession donc les déficits. La seule solution viable, c’est de réduire drastiquement les dépenses publiques (56,6% du PIB, soit de dix points supérieures à celles de nos voisins allemands) en réduisant la place de l’État dans l’économie, donc en privatisant. Tant que le gouvernement n’admettra pas que la France souffre d’hyper étatisme et que la dette publique n’est qu’un symptôme de cette maladie mortelle, la France continuera à plonger.

*Jean-Yves Naudet est un économiste français. Il enseigne à la faculté de droit de l’Université Aix-Marseille III, dont il a été vice-président. Il travaille principalement sur les sujets liés à l’éthique économique.

> Cet article est publié en partenariat avec l’ALEPS.

 
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