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Les mensonges du père de Leonarda

Les mensonges du père de Leonarda

Resat Dibrani (vendredi, à Mitrovica) a fait un long séjour en Italie avant de venir en France.

Resat Dibrani (vendredi, à Mitrovica) a fait un long séjour en Italie avant de venir en France. Crédits photo : Armend Nimani pour le Figaro

EXCLUSIF - Le Figaro a consulté les documents qui expliquent le refus du droit d'asile à sa famille.

La Cour nationale du droit d'asile a mis à nu les mensonges des époux Dibrani. Les trois décisions négatives qu'ont rendues les magistrats, des jugements que Le Figaro a pu consulter (lire le jugement de 2011 en pdf), dévoilent la série de fables, étayées de documents à la véracité douteuse, présentées par Resat Dibrani dans l'espoir d'obtenir indûment le droit d'asile.

 

La Cour nationale, qui a scrupuleusement étudié le dossier, a en effet pointé sans ambiguïté les incohérences du récit du père, ainsi que le grand flou planant sur l'identité de chacun des membres du clan Dibrani.

 

Lors de la première audience, en date du 10 janvier 2011, Resat Dibrani affirme qu'«il a vécu à Mitrovica avec sa famille jusqu'à l'éclatement de la guerre en 1999 ; qu'il a alors quitté le Kosovo en raison des attaques contre sa communauté ; qu'il s'est installé avec sa famille en Serbie ; qu'il y a subi le harcèlement de ses voisins et des autorités en raison de son nom à consonance musulmane ; que ne supportant plus de rester en Serbie où il était sans cesse insulté et menacé, et ne pouvant pas retourner vivre au Kosovo en raison des persécutions qu'y subit la communauté rom, il a décidé de venir en France avec sa famille ; qu'il craint pour sa sécurité».

 

On sait désormais que ce récit, qui n'a déjà pas paru crédible, à l'époque, à la Cour nationale du droit d'asile, est faux: en effet, ni la femme ni les enfants de Resat Dibrani ne vivaient au Kosovo, puisqu'ils sont nés en Italie - c'est le dernier aveu en date de cet homme au passé changeant. La famille n'a pas plus fait le voyage directement du Kosovo vers la France: comme il l'a dit lui-même, il a justement fait un séjour en Italie de plusieurs années, le temps de fonder une famille avant de venir dans l'Hexagone.

 

Dans ce premier jugement, la Cour note avec perspicacité que «l'existence d'un passeport yougoslave à son nom établi en Croatie, l'absence de tout autre document d'identité ainsi que les prénoms chrétiens de ses enfants sont des éléments qui créent un sérieux doute quant à la nationalité kosovare revendiquée (….)», et que «les persécutions relatées par l'intéressé en des termes convenus et généraux n'ont pas emporté la conviction de la Cour». L'homme a tenté de servir aux juges une histoire toute faite mais fausse. Le premier recours va être refusé.

 

Une deuxième demande sera également refusée un an plus tard, d'une part pour Resat Dibrani, d'autre part pour sa compagne, mère des six enfants Gemilja Braimi, présentée comme son épouse devant la loi. On sait désormais que le couple n'était pas marié.

 

Une fois de plus, la Cour va buter sur les questions d'identités et sur le récit des demandeurs. Elle fait ainsi remarquer que «pour solliciter de nouveau son admission au bénéfice de l'asile» Resat Dibrani a été enregistré comme étant kosovar, sans apporter plus de preuves. Quant au témoignage adressé par son «frère», prétendument agressé sur le territoire serbe, les juges ne manquent pas de souligner son caractère «particulièrement sommaire», ne permettant pas davantage de caractériser «les persécutions» dont il aurait fait l'objet. Enfin, la Cour fait remarquer qu'éligible à la nationalité kosovare, le requérant «n'invoquant aucune crainte sérieuse et concrète à l'égard de la République du Kosovo, autre que des faits s'étant produits il y a treize ans dans un contexte de guerre révolu (….) les craintes exprimées par le requérant en cas de retour (…) ne sont pas fondées».

 

Quant à la demande de Gemilja Braimi, elle ne sera pas plus recevable puisque cette dernière ne soulève pas de nouveaux arguments par rapport à ceux de son mari.