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Otages d'Al Quaida : l'interrogation...

Otages d’Al Quaida : a-t-on vu un seul rescapé d’Auschwitz rester en

tenue de prisonnier ?

 

Le retour des quatre prisonniers d’Al Quaida au Niger laisse comme un goût bizarre.

Sur la chaîne d’outre-mer, ce retour est passé en boucle.

Je m’interroge, comme d’autres, au vu des images montrées.

Je croise quotidiennement de ces jeunes franco-maliens salafisés, dont l’uniforme de « guerrier de l’islam » se décline au quotidien dans un style de barbe, dans un vêtement ou un couvre-chef. J’ai cru en avoir vu un, parmi les otages libérés.

 

Ces jeunes franco-maliens, – un petit groupe de quelques milliers -, forment une population parmi laquelle quelques-uns ont été tentés de se lancer dans l’aventure du djihad au nord-Mali, – un djihad, rappelons-le, pour imposer à tous les Maliens, « ces mauvais musulmans », la dictature de la charia. Dans la vie malienne à Gao, Kidal et Tombouctou, l’ordre djihadiste se traduira d’abord par l’enfermement vestimentaire des femmes, l’interdiction qu’elles chantent et jouent de la musique, les amputations, la lapidation d’un couple de Bella non-marié (les Bellas sont les anciens esclaves des Touaregs, intégrés sous forme de clans spécifiques au sein des confédérations imazighen).

 

Ces quelques jeunes, que j’ai cru voir parmi les ex otages, aspiraient à rendre définitif l’ordre totalitaire du djihad, avec ces quelques autres délicatesses comme : la fermeture des écoles et l’interdiction d’enseigner aux enfants maliens, -les garçons, puisque les fillettes ont été interdites par eux de tout enseignement-, autre chose que la lecture et la mémorisation du coran…

 

L’un des otages m’a immédiatement fait penser à ces jeunes-là : même barbe, -taillée et arrangée de la même façon-, mêmes attributs vestimentaires. Barbes et attributs vestimentaires permettant de se distinguer radicalement, et sans équivoque aucune, du malien négro-africain lambda (Bambara, Songhaï, Peul, Soninké, Dogon ou autre).

 

J’en ai discuté avec des amis, après avoir regardé ces images.

Mais non, que vas-tu chercher, m’a-t-on objecté : « ces barbes et ces vêtements, c’est parce qu’ils n’ont pas eu l’occasion de se changer. C’est parce qu’ils n’ont pas eu le temps de se raser ou d’arranger autrement leurs attributs pileux… ».

L’explication de cet ami est-elle convaincante ?

 

 

Moi, elle ne m’a pas convaincue, et vous ?

 

 

Un autre ami, lui aussi étonné par mon interrogation, m’a objecté : « mais voyons Alon, tu sais, faut les comprendre, ils ont terriblement et longtemps souffert. Tu sais, ils sont peut-être victimes du syndrome de Stockholm ? ».

 

Syndrome de Stockholm ou revirement idéologique ?

Syndrome de Stockholm ou quelque chose comme le fruit d’un mûrissement idéologique fondé sur une préalable empathie pour un banditisme djihadiste vu, de l’extérieur,  comme une action « anti-impérialiste » ?

Je pense, en disant cela, au vieillard indigne (vous savez, Stéphane Hessel, qu’un autre de mes amis avait baptisé « Horst Hessel »), que l’on verra, un an ou deux avant sa mort, embrassant en serrant dans ses bras le chef du djihad mondial « frère musulman », le dirigeant le califat gazaouite.

 

Revenons au syndrome de Stockholm et à la grande souffrance morale des otages

Cela expliquerait-il : de rester porter, des heures encore, des vêtements de prisonniers des bandits djihadistes ?

Cela procèderait-il de la solidarité avec les otages, encore prisonniers d’autres de ces gangsters politico-« religieux » ?

 

Soyons sérieux

 

Quand les Russes sont entrés dans Auschwitz, la première chose qu’aient faite ceux des survivants qui tenaient encore debout, ce sera immédiatement de jeter les ordures vestimentaires sous lesquelles ils avaient subi : violence et humiliation permanentes, menace du lazzaret et de la chambre à gaz, pendant des semaines, des mois, voire des années dans quelques cas.

 

Est-ce qu’on n’a jamais vu un seul rescapé d’Auschwitz ou de tout autre camp nazi (camps d’extermination des Juifs et Tziganes ou camps de concentration pour non-juifs) rester en tenue de prisonnier ou se mettre à porter une casquette de SS ou encore adopter le « look » de leurs geôliers et bourreaux?

On voit donc que la souffrance n’explique pas vraiment l’attitude de certains anciens otages d’Al Quaida au Niger.

 

Mais peut-être que dans les prochains jours, nos ex-otages, enfin remis de leurs émotions, nous livreront une raison qui tiendra debout, une raison qui nous expliquera cet étonnant phénomène de mimétisme pileux et vestimentaire, ainsi que l’actuel silence sur les actes des bandits oppresseurs de Maliens, kidnappeurs, amputeurs, lapidateurs, niquabiseurs, prohibeurs de danses, chants et musiques, modernes et traditionnels.

A suivre donc.

Alon Gilad