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Prostitution : cela pue le totalitarisme...

Prostitution : ça commence sérieusement à puer le totalitarisme

big-brother-1984
Le 23 novembre 2013   (BOULEVARD VOLTAIRE)

« Abolir la prostitution », oui, et puis aussi le froid en hiver, les pervers pépères et le gouvernement par des incapables.

 

Mercredi prochain, 27 novembre, l’Assemblée va examiner une proposition de loi visant à pénaliser les clients des prostituées. Si elle est adoptée, cette loi sera l’un des fleurons de l’ère Hollande, emblème, après tant d’autres interdictions, d’un régime dont l’acharnement à vouloir notre « bien » commence singulièrement à puer le totalitarisme. Et c’est bien sûr Najat Vallaud-Belkacem, héroïne de la diversité heureuse qui, telle une moderne Jeanne d’Arc, monte à l’assaut.

 

« La question n’est pas de savoir si nous voulons abolir la prostitution – la réponse est oui – mais de nous donner les moyens de le faire », a-t-elle confié au JDD. Mais on ne balaye pas si facilement l’appétence libertaire des Français. Ça renâcle. Première pétition des « 343 salauds » dans Causeur, puis pétition des « célébrités » dans Libération. Puis échanges philosophiques dans Le Monde entre Mesdames Badinter (contre la loi) et Agacinski (pour l’abolition).

 

Elisabeth Badinter souligne l’incohérence du propos : faute de pouvoir abolir la prostitution, on va l’autoriser mais lui interdire ses clients, ce qui est absurde. Surtout, dit-elle, « l’État n’a pas à légiférer sur l’activité sexuelle des individus, à dire ce qui est bien ou mal », et « interdire [aux femmes] de faire ce qu’elles veulent avec leur corps serait revenir sur un acquis du féminisme qui est la lutte pour la libre disposition de son corps ». C’est une « affaire de principe ». Sylviane Agacinski soutient quant à elle qu’« il ne s’agit pas de savoir s’il est bien, moralement, de se vendre, mais s’il est légitime de prétendre acheter un corps, et donc de mettre fin à la vieille hypocrisie bourgeoise qui condamnait les « filles publiques » et protégeait leurs clients ». Et nie, bien sûr, toute idée de « libre choix ».

 

En réponse, nouveau texte signé d’une douzaine d’éminents philosophes, historiens et sociologues dans Le Nouvel Observateur : on nous ment sur l’objectif, disent-ils. Il ne s’agit pas de « mettre un terme à l’esclavage des femmes par les réseaux mafieux ». En réalité, « il ne s’agit plus d’un impératif universel, mais d’un parti pris idéologique qui suppose les postulats suivants : 1) La sexualité tarifée est une atteinte à la dignité des femmes. 2) Les prostituées sont toutes des victimes et leurs clients, tous des salauds ».

 

De fait, on sent remonter à la surface cette vieille tendance totalitaire dont la gauche au pouvoir ne peut se départir.

 

Mais s’il est évident que les prostituées ne sont pas toutes des victimes et leurs clients des salauds, on pourrait alors se poser la question du « pourquoi ? ». Et peut-être avancer cette réponse : et si la prostitution, comme la fréquentation d’un(e) prostitué(e) était l’ultime lieu de la transgression ? Le seul espace qui reste encore où affirmer sa liberté dans un monde ou il n’y a plus aucune aventure à tenter, où la permissivité totale qui règne ici n’est contrebalancée là que par un hygiénisme virant à l’obsession ? Que faire quand le refus du risque régit toute la société, quand la schizophrénie nous gouverne ? Pour Najat et ses amis censeurs, il est bon d’être échangiste et partouzeur quand on s’appelle Catherine Millet, directrice d’un magazine d’art contemporain, et qu’on va se faire défoncer par des chauffeurs routiers sous un pont d’autoroute, mais intolérable de choisir son client dans le bois de Vincennes ou sur le Net. Il est chic de sortir un sex toy de son sac à main, voire de son sac de classe, mais pas un paquet de clopes. De bon ton de sniffer avant une réunion – ou une conférence de presse… – mais pas de boire un verre de rouge au déjeuner.

 

Rien à foutre en vérité de qui veut quoi, rien à foutre de la morale, et même rien à foutre du fric, c’est l’expression de la liberté qui leur est intolérable. Comme le relève Elisabeth Badinter, on peut se demander « Où commence et où finit la prostitution ? Combien de femmes ou d’hommes sont en couple pour l’argent ? » En effet, chaque jour la vénalité s’affiche comme un talent, sinon une vertu, dans une presse qui l’encourage sans vergogne. Faut-il rappeler tous ces reportages, toutes ces unes de la presse féminine notamment – et particulièrement la presse pour adolescentes – qui vous expliquent « comment le séduire », « comment le faire craquer » et finalement « comment le faire banquer » ? Et, pour prendre les choses à rebours, que dire de ces vieilles dames fortunées qui se payent des gigolos, et de ces pétroleuses sur le retour qui s’en vont faire du tourisme sexuel en Afrique ou à Cuba ? Comment appelle-t-on cela au gouvernement : « aide au développement » peut-être ?

 

« Abolir la prostitution », oui, et puis aussi la grisaille le matin, le froid en hiver, la mochitude et l’obésité, la neige boueuse, les petits enfants morveux, les parents indignes, les pervers pépères et le gouvernement par des incapables. Vaste entreprise.