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SOS : Ils veulent zigouiller les auto-entrepreneurs...

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Avec quelque 1.620 nouveaux inscrits à Pôle emploi chaque jour, le nombre des chômeurs français ne cesse de croître. Les demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A ont vu en avril leur taux augmenter de 1,2 % par rapport à la fin mars 2013, soit une hausse de 12,5 % sur un an. Ça ne va guère mieux chez nos voisins, souvent même plus mal, le taux global du chômage dépassant les 12 % dans la zone euro, soit 19,37 millions de personnes « inoccupées » en avril dernier.

Certes, notre Président normal persiste à vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes et assure, contre vents et marées, et surtout contre l’évidence, qu’il aura d’ici la fin de l’année « inversé la courbe du chômage ». À moins de posséder, comme les sourciers, une baguette de coudrier qui se tortille en présence d’un gisement d’emplois, on ne voit guère comment il pourrait accomplir cette aimable prophétie.

Les Français ne croient pas aux rodomontades de François Hollande. Ils ne croient pas non plus dans les capacités de Pôle emploi pour les recaser. Les plus enthousiastes ne croient qu’en une chose : eux-mêmes. Précisément, sachant que personne n’a plus de boulot à leur offrir, il ne leur reste qu’une solution : s’en créer un. C’est le principe de l’auto-entreprise, l’une des rares bonnes idées du gouvernement précédent. Trois petits clics et puis voilà, mon boulot sur un coin de table entre ma cuisine et ma chambre.

D’accord, et c’est sûrement ce qui chagrine la gauche vertueuse qui nous gouverne, des tas de plus gros patrons – cupides, forcément – ont trouvé chez les auto-entrepreneurs la solution à cette flexibilité qu’on ne peut leur accorder : ils recrutent des fournisseurs plutôt que des salariés, ce qui représente pour eux autant de charges en moins. D’accord aussi, et c’est sûrement ce qui chagrine les syndicats vertueux partisans acharnés du tout ou rien, l’auto-entrepreneur est un solitaire impossible à manœuvrer.

Mais tout cela ne serait que billevesées si une catégorie professionnelle particulière, à savoir les artisans du bâtiment, n’avait dénoncé dans l’auto-entreprise une « concurrence déloyale ». Avec leurs échelles, leurs pinceaux et surtout leurs ciseaux à main, les auto-entrepreneurs tondraient injustement la laine sur le dos de moutons déjà bien rasés. Monsieur Hollande allait donc sauver les artisans du bâtiment, il le leur avait promis durant sa campagne.

C’est Madame Sylvia Pinel, ministre de l’Artisanat, qui en a été chargée. Elle a vite trouvé la méthode : zigouiller les auto-entrepreneurs. Couic, les poussins, tués dans l’œuf ! Ils n’ont qu’à devenir de vraies entreprises, qu’elle a dit. Non mais ! Yaka, zavéka, yfokon… Notez bien que ce n’est pas tout à fait de sa faute, à madame Pinel : elle est jeune, et jeune, elle n’a jamais connu que la fonction publique. Fille d’élus, passée elle-même à la politique dès qu’elle eut fini ses études à rallonge, que voulez-vous qu’elle connaisse à l’entreprise ou même à l’envie d’entreprendre ? Rien, comme 99 % des membres de ce gouvernement qui ne compte qu’un seul non-fonctionnaire. Record de la Ve République battu.

Madame Pinel voudrait limiter la durée de l’auto-entreprise, persuadée sans doute qu’un auto-entrepreneur qui a le feu au cul se gonflera instantanément pour devenir une PME. Elle voudrait aussi réserver cela aux retraités, histoire qu’ils puissent encore s’acheter des confitures à mettre sur la tartine du matin quand le gouvernement aura désindexé leurs pensions.

Ce que madame Pinel devrait savoir mais qu’elle a pourtant l’air d’ignorer, c’est que si 40 % des auto-entrepreneurs exercent leur activité en complément d’un salaire ou d’une pension de retraite, 60 % le font à titre principal. C’est souvent la dernière issue après des années de chômage, en complément cette fois d’un morceau de RSA. En effet, quand on est un « senior » (à partir de 45 ans) en fin de droits, l’auto-entreprise est la seule planche de salut qui flotte encore au fil de l’eau. Il n’est pas sûr que saborder ces gens-là pour satisfaire la promesse de François Hollande aux artisans du bâtiment soit un bon calcul. Subséquemment, on lui rappellera que depuis toujours, à Paris en tout cas, on dit que la première entreprise de peinture est… la préfecture de police. Suivie des pompiers.

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