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Suicide d'un enseignant : ce que les profs ne supportent plus

VOLTAIRE

pierre-jacque

 

Le 4 septembre 2013  
Pierre
Van Ommeslaeghe
Professeur de philosophie.

Pierre Jacque était professeur d’électronique à Marseille. Il a mis fin à ses jours la veille de la rentrée scolaire, « parce que le métier tel qu’il est devenu […] ne m’est plus acceptable en conscience », comme il l’a écrit.

Il s’inscrit dans la liste, qui s’allonge, des enseignants qui, explicitement, se suicident parce qu’ils ne supportent plus la dégradation continuelle de leur métier, la trahison de la mission d’enseignement que leur imposent les gouvernements successifs depuis près de quarante ans. Combien le font en silence, combien de suicides mis sur le compte de la « dépression », des « problèmes personnels », qui sont aussi la conséquence de la décadence de notre enseignement ?

C’est qu’un professeur aime sa discipline, c’est pour cela qu’il l’a étudiée. Il aime transmettre sa passion pour le savoir. Il sait bien que beaucoup d’élèves ne peuvent voir la beauté de ce savoir ; c’est son métier de tenter de les « élever » vers cette beauté et s’il peut souffrir parfois du désintérêt de ses élèves, il ne peut le leur reprocher. Il sait aussi que la société n’est pas en phase avec cet idéal de culture. Mais c’est précisément sa mission, de donner aux jeunes les armes pour résister aux facilités du panem et circenses.

Ce que de plus en plus de professeurs ne supportent pas, en revanche, ce sont les réformes absurdes, l’obligation qui leur est faite de trahir leur mission en les assignant à des activités récréatives, cédant à l’esprit du temps plutôt qu’à celui des muses, la dévaluation continuelle des diplômes et donc de leur travail, l’infantilisation que leur fait subir la hiérarchie. Quelques-uns tentent de résister au détriment de leur carrière, d’autres souffrent en silence, certains se suicident.

Il serait temps que le ministère apporte d’autres réponses qu’une cellule d’aide psychologique. Il serait temps que les syndicats majoritaires sortent de leurs discours stéréotypés. Il serait temps que la société cesse de mépriser les enseignants. Si le suicide de Pierre Jacque permettait ces prises de conscience, il ne serait pas complètement inutile.