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UNE VIE...

Mardi 15 janvier 2013 2 15 /01 /Jan /2013 16:59

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........................................................................................ (91ème épisode)

Christiane dut s’occuper de la succession. Contacter le notaire, la banque attitrée de feu sa mère, les caisses de retraite… A aucun moment, son frère Charles-Henry, ou sa sœur, Ginette, n’avaient tenté de la joindre. Pourtant, depuis 1977, mon Essentiel, habitait toujours à la même adresse et n’avait pas changé de numéro de téléphone ! Un comportement extrêmement décevant. Pourtant, le notaire, les avait obligatoirement contactés. Il leur avait soumis l’actif et le passif de la succession. Giselle, n’avait rien laissé ; surtout pas de dettes !  Ce silence dénotait parfaitement toute l’indifférence qu’ils ressentaient pour leur mère ; ainsi que pour leur sœur !! Comme le regrettait Giselle, de son vivant « J’ai réchauffé deux vipères en mon sein ! ». Pour sa défunte mère, le mépris de ses deux ainés, lui avait rongé le cœur jusqu’à son dernier souffle. Elle s’était raccroché à ce qui lui restait : Christiane qui, malgré tout, dans la mesure où sa mère l’avait fréquemment insultée, battue et laissé livrée à elle-même, dans un bouge, situé à St-Ouen et sans se préoccuper des éventuels dangers, la jeune femme aurait pu nourrir des ressentiments et agir en redresseur de torts. Or, elle avait volontiers pardonné à celle qui l’avait mise au monde. Peut-être par besoin d’amour et de tendresse. Une mère, n’est-elle pas, irremplaçable… ?

Souvent, Christiane, pensait à sœur et à son frère. Ils lui manquaient. Pourquoi se montraient-ils tous les deux, si vindicatifs, sans cœur… ? Quel épisode avait-elle raté ? Une telle haine ne peut être gratuite ! Ils avaient forcément des raisons valables…  Il était vrai que Charles-Henri, n’avait jamais pardonné à sa mère, d’avoir vendu la propriété de Pontault-Combault et ce, après la mort de Margot, sa grand-mère. Certes, ce dernier, l’avait en travers de la gorge. Jadis, à Pontault-Combault, lorsque Christiane était petite, c’était la pleine campagne. Aucune H.L.M., pas de béton, pas de délinquance. La famille, lors des grandes vacances et des fins de semaines, était entourée de leurs voisins, de fermes, de prés et de champs à perte de vue. Bien plus tard, un terrain fut vendu dans le but de faire construire une maison en préfabriqué. Deux pièces, avec un coin cuisine et une salle de bain. Charles-Henri était particulièrement attaché à ce bout de terre et à cette modeste maison. D’ailleurs, à l’époque, il y séjournait autant que possible ; souvent accompagné de son ami d’enfance. Et puis, il décida de s’y installer. Ce dernier, même aujourd’hui, aura toujours préféré la campagne, à la ville. Le jour où Giselle, après la mort de sa mère, prit la décision de vendre le terrain avec la maison, ce fut un crève-cœur pour son fils ainé. Où passa le produit de cette vente ? Dans l’achat du café-tabac-épicerie à « Les Moines » dans l’Aisne ; une région désertique et balayée par les vents ; ainsi qu’à l’achat du studio de St-Ouen, qui plus tard fut vendu en adjudication ; et, ce qu’il restait, elle le partagea entre Charles-Henri et Ginette. Au bout du compte, Christiane, fut la seule à être lésée, puisqu’elle n’eût pas le loisir de profiter de l’appartement acheté par sa mère ; de plus elle avait réglé les mensualités du crédit… A pure perte ! Cette sorte de « trahison » faisait partie des nombreux griefs que les deux ainés avaient à l’encontre de leur défunte mère. Une certitude : Giselle n’avait pas fait les bons choix. Des choix fondamentaux qui auraient pu modifier sa route. Christiane, repensait parfois à cette petite chienne qui un jour glacial d’octobre, avait perdu sa maîtresse. Elle n’avait jamais pris la peine de téléphoner au vétérinaire. Plus tard, elle apprit que la bête avait été placée chez un nouveau maître. Oui, à ce sujet, qui pourrait sembler anodin pour certains, des regrets l’assaillaient, comme si elle avait commis une faute.

Christiane était toujours au chômage. A défaut de travailler, elle pratiquait ce qu’elle aimait : la danse orientale, lors de festivités arabes ou juives. Non sans difficultés et prises de bec avec son mari, Didier, qui était obsédé par la jalousie. Aimer et posséder, ce sont deux verbes qui ne font pas bon ménage. Souvent, l’intensité de sa colère était si forte, qu’il dépassait la limite de la décence verbale. L’incriminée étant bien trop sensible et ayant tendance à se dévaloriser, elle recevait toute cette violence comme un traumatisme qui lui coupait tous ses moyens. Bien qu’elle ne laissât rien transparaître, elle arrivait sur les lieux, indisposée et tremblante. Si contrariée, si déstabilisée, que ces scènes perpétuelles se répercutaient sur sa santé. Ce qui se traduisait par un manque d’appétit, des nausées, des vertiges et des maux de ventre très douloureux. Christiane avait une vie tortueuse. Secrètement, elle espérait un jour pouvoir changer de trajectoire et accéder à la tranquillité. Son mari, était tel un mauvais génie, qui surgissait à n’importe quel moment, pour  lui gâcher la vie.

Mal dans sa peau, sans cesse tourmentée, elle consultait des voyants. Sans en abuser. C’est l’ultime espoir des gens minés par les déconvenues et torturés par leur présent. Et aussi des privilégiés qui vivent dans la terreur de tout perdre. Christiane, avait une amie prénommée Michelle, qui lui tirait les cartes à peu près deux fois par an. Elle avait hérité de ce don du ciel et familial qui, en complément de son travail fixe, était très lucratif. Et d’autres voyants connus, tels que Messieurs Alexis et Vilmont, qui avaient eu accès à la notoriété. Tous, sans restriction, la voyait partir, déménager… Finalement, il s’avèrerait qu’un jour, à l’heure dite, mon Essentiel, devrait s’attendre à un changement de vie radical. Il a longtemps, alors qu’elle était accompagnée de Lola, sa copine et qu’elles s’apprêtaient à pousser la porte du bureau de poste de la Pte de St-Cloud, une gitane lui prit la main ; presque de force… Fixement, elle la dévisagea et lui dit qu’une seule chose : « Tu n’auras jamais la tranquillité ». Et elle disparut comme elle était venue. De telles prédictions sont flippantes. A soixante-deux ans passés, Christiane, y pense encore… Les années passant, elle peut affirmer une seule chose : elle n’a même pas pu accéder à une accalmie de l’esprit. Même pas un sursis.

Cette maudite année 1996, se termina sur une perspective de travaux de rénovation des H.L.M. de Paris, qui devaient avoir lieu dans l'immeuble de ma Préférence à moi. Ces travaux, devaient à plus au moins brève échéance, aboutir à une augmentation assez conséquente des loyers. Au regard de ce que Christiane et son mari, avait déjà effectué comme transformation dans leur appartement de deux pièces (une cuisine aménagée, une vraie salle de bain, l’électricité, plomberie, ballon d’eau chaude), il était relativement injuste de subir cette hausse de loyer.

........................................................................................ A SUIVRE

Par CANNELLE - Publié dans : UNE VIE...
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Mardi 15 janvier 2013 2 15 /01 /Jan /2013 11:59

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..........................................................................................  (90ème épisode)

 

Ce jour fatidique, le 15 octobre 1996, le téléphona sonna vers dix heures. D’un geste machinal, Christiane décrocha avec la certitude que c’était sa mère, Giselle. Ce fut un choc, quand elle reconnut la voix de l’aide-ménagère. Son cœur s’emballa. Cette dernière lui rapporta que Giselle, avait été trouvée gisant à même le sol de sa chambre, le corps sans vie ; et ceci, suite à une chute. Anéantie par cette nouvelle, Christiane, tout en raccrochant le combiné du téléphone, balbutia un merci et éclata en sanglots. Sa maman n’avait que soixante-neuf ans. Au paravent, elle avait fait plusieurs séjours à l’hôpital de Châtellerault. Lors d’un accident cardiaque, son cœur avait cessé de battre, quinze longues minutes. Il est vrai que Giselle, très accro à l’alcool et à la cigarette, n’avait pas économisé son capital santé. La vie ne l’avait pas non plus épargnée. Combien de fois Christiane, avait vu sa mère pleurer en maudissant son destin et souhaitant la délivrance… ? Eh bien, maintenant, elle était partie, délivrée de cette vie qui lui avait si peu donné et à laquelle elle ne tenait plus depuis fort longtemps. Pour Christiane, sa cadette, ainsi que pour sa petite fille, Roselyne, elle avait tenu à force de volonté en endurant au quotidien, sa solitude et ses souffrances ; qu'elles soient tant physiques que morales.  Elle s’en était allée vers la lumière intense d’amour et de sérénité. Tout du mois, Christiane, le croyait. A présent, privée de ce qu’elle avait de plus cher après sa fille, qu’allait-elle faire ? En urgence, il fallait qu'elle revienne à la réalité. Qu'elle s’occupe des formalités pour enterrer sa mère. En outre, la chère femme, attachée aux anciennes traditions, avait faire savoir ses exigences : une messe en latin !! A cette époque où les prêtres étaient habitués à prêcher en français, ce serait le parcours du combattant ! C’est le visage souillé par les larmes, qu’elle s’empressa de joindre Didier, son mari, qui était sur un chantier. – Désolé, lui répondit-il, il ne pouvait pas se déplacer. Christiane en pleurs suffoquait au téléphone. – Tu n’as qu’à y aller en train et ensuite, prendre un taxi… Demande à Mado de t’accompagner ! Bouleversée à l’annonce ce décès, Mado accepta sans rechigner et proposa même, de payer le train. Un quart d’heure après, elle avait rejoint Christiane, qui se réfugia contre sa poitrine, en pleurant tout son saoul. Avant toute chose, elle devait joindre le Maire, afin de récupérer les clefs de la maison. Ce qu’elle fit.

 

 

Le voyage ne se déroula pas sans appréhension. Arrivées à Châtellerault, les deux femmes prirent un taxi qui les conduisit jusqu’à « Cernay », le bourg où avait vécu Giselle et son mari. Le taxi parti, c’est l'estomac fermé que Christiane, suivie de Mado, monta les marches du perron. La Maison lui semblait encore plus sinistre qu’à l’accoutumé. La porte à peine ouverte, la chienne de Giselle, à l’affût d’une visite, lui démontra son affection à coups de langue et aboiements intempestifs. En réelle détresse, affamée, désorientée par l’absence de sa maîtresse et seule dans cette maison vide, la bête non seulement ne lâchait pas Christiane, mais la suppliait du regard, de ne pas l'abandonner. Par des caresses et des paroles rassurantes, la jeune femme tenta de la calmer. Comment lui faire comprendre que sa maîtresse était morte ? Qu’elle ne la reverrait jamais, si ce n’est dans l’au-delà… Il régnait dans la chambre où reposait Giselle, un silence oppressant. Christiane, tout doucement, se rapprocha du cercueil. Le visage de la défunte, cireux et glacé tel du marbre, restera à jamais, gravé dans sa mémoire. Elle semblait enfin apaisée. Mon Essentiel, l’embrassa sur le front. Le dernier baiser. Jamais plus elle ne pourrait la serrer dans ses bras, lui dire, O combien, elle avait besoin de sa présence. Giselle avait tout prévu par le biais d’une assurance « Obsèques ». Tout avait été programmé à l’avance. La société, mandatée pour l’enterrement, avait fait un travail remarquable. Giselle, avait été lavée, coiffée, embaumée et habillée. Elle reposait dans un cercueil capitonné de satin rose. Elle semblait dormir. Christiane n’aurait rien à régler. Celle-ci, fit un rapide inventaire des meubles, de la vaisselle, du linge et des vêtements. Aucune valeur. Elle se saisit d’un panier en osier qui traînait dans un coin et y déposa les papiers ayant appartenu à sa mère. Elle prit le peu de bijoux rangés dans une boîte. Des bijoux sans valeur marchande qui, néanmoins, avait une valeur sentimentale. Un collier de perles que Christiane lui avait ramené des Iles Baléares, des boucles d’oreilles, une bague, en guise de cadeau de Noël… Christiane laissa tout le reste. Une enveloppe cachetée avait été posée sur la table de nuit. La lettre dont lui avait parlé Giselle et qui était destinée à son frère et à sa sœur. Avant de repartir, elle entreprit de joindre le vétérinaire qui, en cas de malheur, était apte à s’occuper de la chienne. Ce devoir accompli, c’est comme dans un rêve, que les deux femmes repartirent vers Paris.

 

 

L’enterrement fut fixé le surlendemain, à neuf heures du matin, dans le petit cimetière éternellement balayé par les vents et qui se trouvait non-loin de la maison. Le soir même, tout le monde se retrouva rue de Lévis, chez Lola et son compagnon. Lola, visiblement peu affectée, insista lourdement pour assister aux obsèques. Après un dîner frugal, on se donna rendez-vous le lendemain, à cinq heures. Nous nous étions convenus que Mado garderait la petite Roselyne, qui était bien trop jeune pour être confrontée à la mort. Ce matin du quinze octobre, il faisait très froid. Didier, qui contrairement à son caractère se fit  "anormalement" prévenant, nous accompagna en voiture. Lola donnait l’impression d’aller à une surprise-partie. Christiane, tout en regardant le paysage, se remémorait des scènes au cours desquelles, ce dernier, n’avait manifesté que mépris envers sa belle-mère. En ce jour de recueillement, elle l’imaginait satisfait et heureux de la disparition de celle qu’il n'avait cessé de haïr. Lorsque la voiture se gara devant la petite église du bourg, les pompes funèbres étaient déja sur place, ainsi qu’un pelé et un tondu qui étaient présents pour rendre un dernier hommage à Giselle. Dans l’église, glaciale et minuscule, chacun choisit sa place. Le curé, en dépit de l’empressement de Christiane, fut inflexible et fit son sermon en français. Toutefois, en homme de Dieu, il se rattrapa largement sur le texte, qui fut poignant. Christiane, jetant un regard sur mari, remarqua des larmes qui coulaient sur ses joues. Etait-il soudainement, harcelé par les remords ??

 

 

A la sortie de l’Eglise, de violentes rafales de vent agitaient les arbres pratiqement dénudés. Comme tous les défunts seuls et sans amis, nous étions très peu à suivre le corbillard qui nous menait jusqu’au cimetière. Christiane claquait des dents. La grille du cimetière émis un grincement sinistre. Les fossoyeurs transportèrent le cercueil et le firent descendre dans le caveau où reposait déjà le défunt mari de Giselle, René. Pas de prêche pour un dernier hommage. On grelottait. Le vent cinglant qui s’engouffrait dans les allées, soulevait les feuilles mortes, prémices d’un hiver précoce. Chacun jeta une rose, en faisant un signe de croix. On déposa également les gerbes de fleurs prévues à cet effet ainsi que celles que nous avions achetées. Christiane, en relevant le col de son manteau, fit une prière à Dieu, afin qu’il accueille sa mère, en son royaume. Giselle, avait certes des choses à se reprocher, mais Christiane, très croyante, pria pour le repos de son âme. La jeune femme avait toujours aimé les cimetières. Un lieu qui lui procurait un sentiment de calme et de sécurité, par rapport au monde extérieur, qu’elle redoutait. Les vivants sont certainement beaucoup plus dangereux que les morts. – Ah bientôt, maman. Murmura Christiane, en posant un dernier regard sur le cercueil ; et elle tourna les talons en direction de la sortie, où l’attendait son mari. Ce midi, on déjeuna à Cernay. Christiane, n'ayant pas faim, elle ne toucha pas à son repas. Par contre, l’attitude de Lola, la sidéra. Sans aucune gêne, elle mangea comme quatre et décidément d’une humeur de fête, plaisantait sur n’importe quoi, en faisant abstraction du chagrin de son amie. Oui, comme déjà dit, elle semblait être en voyage d’agrément. Aurait-elle fait preuve d’autant de légèreté s’il avait s’agit de sa propre mère ?

 

De retour à la maison, mon Essentiel, se coucha directement. Les semaines qui suivirent furent un long cauchemar. Des nuits entières, Christiane pleurait en appelant sa mère. Didier, compatissant, essayait en vain de la consoler… Ses larmes finirent par se tarir. En effet, elle apprit de la bouche d’un médium, que le chagrin trop démonstratif de celui resté sur Terre et cher à l’âme échappée de son enveloppe charnelle, freinait sa montée vers la lumière.

 

Christiane n’avait plus de maman et elle dut s’y résoudre.

 

Fille unique, Giselle, avait eu une enfance protégée, entourée d’amour et d’affection par des parents fonctionnaires. Elle avait reçu une éducation stricte et une solide instruction. Enfant surdouée, intelligente, elle avait obtenu à plusieurs reprises le prix d’excellence, au cours de sa scolarité. Giselle, était la réchappée d’une fratrie de trois enfants. En fait, avant sa naissance, sa mère, avait accouché de deux garçons. Deux frères… Deux oncles. Malheureusement, ils étaient morts en bas âge, de la méningite. Giselle, y avait échappé in extremis. Cette maladie était-elle due au mariage consanguin de ses parents, qui s’étaient mariés entre cousins-germains ? D’ailleurs, ils portaient le même nom : Gauthier ! Giselle Gauthier, grandit à Paris, dans un appartement très sombre de deux pièces, situé au rez-de-chaussée d’un immeuble du 18ème arrondissement, entre ses parents et ses tantes de St-Junien et d’Oradour-s/Glane. Lorsqu’éclata la deuxième guerre mondiale, elle avait quatorze ans. Son père, Marcel, exigeait de sa fille, du courage et du patriotisme, face à l’envahisseur. Ainsi, l’obligeait-il à livrer de fausses pièces d’identité. Giselle, inconsciente de l’ampleur du danger, ne pouvait pas envisager les risques qu’elle encourait ; à savoir, le pire ! Marcel, le grand-père de Christiane, était un ancien militaire de carrière, maintes fois décorés. Lorsque l’armée allemande, vainqueur et triomphante, défila sur les Champs-Elysées, sa femme Margot, se contraignit d’enfermer son mari à clef dans leur chambre à coucher, pendant plusieurs jours. Furieux, comme fou, il prétendait vouloir prendre son fusil pour tirer dans le tas ! Et être fusillé lui-même, peu de temps après… Ce que je rapporte, c’est selon les propos de Giselle, qui n’était pas avare sur les anecdotes se rapportant à la famille Gauthier. D’après cette dernière, il y a fort longtemps, le nom de Gauthier s’écrivait avec une particule. Soit disant, un arrière-grand-père, joueur alcoolique incorrigible aurait tout misé au jeu. Sa fortune (château, meubles, argenterie, tableaux, tapis, bijoux, etc.) mais également, ses titres de noblesse. Pure affabulation de sa part… ? On ne le saura jamais. A moins de payer pour établir un arbre généalogique ! Elle parlait aussi d’une espagnole qui aurait eu les cheveux noirs corbeau ; si noirs, qu’ils en avaient des reflets bleutés. Une lointaine cousine, une tante… Ce qui expliquerait les traits de Christiane, typés espagnol !

 

 

La jeune femme, petite fille, aimait s'assoir face à son grand-père, qui se rasait le matin dans la cuisine. Ebahie, elle ne quittait pas des yeux le blaireau imprégné de crème à raser dont il s’imprégnait tout le visage. Et lorsque le rasoir, par petites touches appliquée, refoulait la crème pour laisser place nette à une peau tout neuve, ce qu’elle éprouvait alors, était indescriptible. En dépit de son penchant pour la bouteille (le vin) c’était un homme bon et honnête. Il adorait sa petite fille, Christiane. A l’âge approximatif de soixante-quinze ans, il fut emporté par une cirrhose du foie. Trop jeune, ma Préférence à moi, n’assista pas à l’enterrement. Sa grand-mère, margot, était une petite femme frêle et effacée. Peu expansive, elle emmagasinait toutes ses émotions en son for intérieur. Ainsi, lorsqu’elle était en colère, de grosses plaques rouges apparaissaient sur ses joues et sa poitrine. Après la perte de son mari, Margot resta seule de nombreux années pendant lesquelles, elle fit plusieurs crises d'hémiplégie qui la laissèrent paralysée. A compter de ce jour, Giselle, dut veiller sur sa mère, qui ne pouvait plus faire face à ses tâches quotidiennes. Christiane se souvient que cette dernière, faisait preuve d'impatience envers sa mère, infirme. Que ce fûsse Christiane, son frère ou sa sœur, chacun participait à sa manière, en veillant sur sa grand-mère.

 

 ....................................................................................................... A SUIVRE

Par CANNELLE - Publié dans : UNE VIE...
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Lundi 29 octobre 2012 1 29 /10 /Oct /2012 17:09

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.......................................................................................... (89ème épisode)

 

Cette année-là, Didier, s’était mis dans la tête de retourner en Corse. Depuis la mort de Mario, son père spirituel et patron des bungalows que nous louions, il nourrissait des regrets. Le couple n’était pas sans ignorer que la propriété avait été reprise par le fils du défunt, également prénommé « Mario », gendarme à Marseille de son état et puis par sa femme, professeur de gymnastique.

 

Le navire sur lequel ma petite famille avait embarqué, était flambant-neuf. Les cabines, ultramodernes, étaient désormais équipées du téléphone et d’une salle de bain privée. Le confort, le luxe, pour Christiane, « mon essentiel », c’était essentiel à son équilibre. Le dîner, dans le restaurant dit gastronomique du navire, lui faisait le plus grand bien sur le plan du moral. Même si elle savait qu’elle aurait un mal fou à digérer et serait peut-être amenée à se forcer à vomir dans la nuit.

 

On débarqua de grand matin à 7 heures. L’air, légèrement frisquet à cette heure, transportait les odeurs familières du maquis. Christiane, frissonna. Elle enveloppa sa fille et Cannelle le chien, d’un doux regard protecteur, tout en se félicitant que la traversée se soit déroulée dans le calme et sans dommages. En effet, la présence des chiens était toujours rigoureusement interdite dans les cabines. Les bêtes, en tant qu’objets, devaient se contenter d’un traitement inhumain : dormir dans des véhicules surchauffés attachés en fil indienne, dans les soutes du navire. Sans eau et sans nourriture. Comme toutes les autres fois, j’étais passée incognito, sans que le l’équipage ou le commandant, n'eût bougé une oreille.

 

Une fois arrivés sur les lieux, nous pûmes constater que les bungalows avaient été refaits. A présent, chacun d’eux possédait une petite terrasse qui préservait l’intimité de chaque locataire. Notre bonne Peach, l’épouse londonniène de feu « Mario père » avait dû céder les lieux aux héritiers de son mari, les seuls propriétaires : Mario fils et son épouse. La vieille et très chic anglaise, manquait cruellement au décor magique de Porticcio, qui avait toujours été sublimé par la gentillesse du couple. Christiane, avec un pincement au coeur, attacha son regard à celui de son mari. Une bouffée de mélancolie la submergea. Que la vie était cruelle… Pensa-t-elle.

 

Leurs amis marseillais avaient également disparu du décor. Ceux-ci avaient divorcé. Christiane en fut surprise, car Josiane adorait son époux, Robert. Néanmoins, elle s’était aperçue combien ce dernier, était attirée par les jeunes et jolies femmes. Cela crevait les yeux ! Las de son épouse vieillissante, comme beaucoup d’homme en recherche de séduction, il s'était toquée d'une femme plus fraîche et plus désirable et, s'était fait la valise. Pas de pitié ! Ces Messieurs, hélas, pensent toujours au niveau du dessous de la ceinture ! Jusqu'à parfois se faire tondre jusqu'à l'os par leur dulcinée. Une carence typiquement masculine qui les mène souvent à l'irréparable. La femme vieillissante, elle, n'a pas d'autre choix que de se contenter de son sort et d'assumer son corps dégradé, ses rides, ainsi que son manque  de séduction ! C'est bien connu, les hommes... plus ils ont de maîtresses, plus c'est valorisant. Aux yeux de leur entourage, ils passent pour des tombeurs, des chauds-lapins, des bourreaux des coeurs, des hommes à femmes... Tandis que les femmes volages qui commettent l'adultaire, sont affublées des termes de gourgandines, salopes, putain...

 

Un matin, Christiane, se réveilla avec une boule au niveau de la gorge qui la faisait énormément souffrir. Dans un état fébrile, elle se leva du pied gauche et ne tarda pas à constater qu'elle avait un mal de chien à avaler. C’est Mario qui se proposa de l’accompagner chez un médecin qui diagnostiqua une infection des glandes salivaires et qui lui ordonna des antibiotiques. Décidément, râla-t-elle intérieurement, ça commençait bien !

 

Didier et son épouse, s’accrochaient à tout propos. Et plus l’ambiance était tendue entre eux, plus Didier en rajoutait. Remarquez, ce n’était pas nouveau ! Or, les vacances, comme pour tous les couples, sont un test de bonne entente familiale. Lorsque l’on est confronté l’un à l’autre à longueur de journée et que l’un, n’est pas disposé à faire des concessions, cela devient vite invivable.

 

Comme le faisait son père, Mario, fut fidèle à la tradition. Un soir, il convia tous ses clients à venir dîner sur la splendide terrasse qui dominait la baie de Porticcio. C’était un vrai plaisir pour les yeux. Parmi les convives, était présent un couple avec leur petite garçon, qui se prénommait « Romain ». Le père, grand et de forte corpulence, était plutôt sympa. Quant à sa femme, du même gabarie que son mari, elle se montrait toujours sur la défensive. Christiane, l’avait toujours pressentie jalouse. Les deux couples se côtoyaient depuis des années ; en plus, ils habitaient Paris. Ce qui les rapprochait. La première fois qu’ils s’étaient rencontrés, la femme, très grande, massive et sans attraits particuliers, avait détaillé Christiane, de la tête aux pieds. Toutes les deux, physiquement, c’était le jour et la nuit. L’une, petite, fine et très féminine et la seconde, plus grande que la moyenne, brune et les traits du visage, rébarbatifs. Visiblement sûre d’elle, car était cadre cadre dans une entreprise, alors que Christiane, traînait derrière elle un passé semé d’échecs et d’embûches.

 

Le repas se déroulait dans la joie et la bonne humeur, lorsque la conversation dévia sur l’accouchement et la maternité. Christiane, légèrement euphorique, rapporta qu’elle avait accouché à Neuilly, à la clinique Sainte-Isabelle. C’est à cet instant précis que la maman du petit romain, eut une réaction imprévisible qui laissa planer un froid. S’adressant directement à Christiane, c’est avec un léger rictus aux commissures des lèvres, qu’elle lui signifia son mépris et toute sa hargne. - A Neuilly ?? Quel snobisme ! Pourquoi pas à l’hôpital… ? Christiane, piquée à vif par cette remarque totalement dénuée de tact, lui rétorqua que son gynécologe pratiquait dans cette clinique et que pour éviter une césarienne, ce fut une obligation incontournable. Ses paroles, singlantes, résonnèrent comme à l'intérieur d'une chapelle. Il est vrai, qu'au vu des circonstances de l’époque, dramatiques, Christiane avait des raisons valables, d'être sorti de ses gongs. Les deux femmes, se fusillaient du regard, tels deux gangsters près à dégainer. Soudainement oppressée, prête à éclater en larmes, "mon Amérique à moi » détourna son regard de son adversaire et fit volte-face. Elle se leva précipitamment de son siège et, sans un mot, décida de rejoindre le bungalow. Tous les regards étaient fixés sur elle ; y compris celui de son mari, chargé de reproches.

 

De n’importe quelle façon, pour Didier, Christiane était toujours fautive. C’était systématique. Un jugement qui lui dispensait de prendre parti et de se mettre qui que ce soit à dos. Son légendaire courage et son éternelle franchise de faux-cul, mettait la jeune femme dans un tel état d'énervement, qu’elle était incapable de se maîtriser. Elle se sentait très remontée contre Didier. Dans ces moments-là, elle éprouvait tant de mépris, tant de haine à son endroit, qu’elle aurait donné n’importe quoi pour le quitter sur le champ ! Christiane, une fois seule et au bord de l’explosion, vit arriver son mari qui la rejoignait. IL transportait dans ses bras, une Roselyne endormie. Les traits déformés par la colère, il scanda - C’est plus fort que toi ! Tu n'peux pas t'en empêcher !! C’est simple ; tu te disputes avec tout le monde ! L’altercation fut terrible. Les hurlements d’indignation de Christiane, portèrent certainement, jusqu’au port d’Ajaccio. Stimulée par la réaction inappropriée d’un homme lâche et de mauvaise foi, Christiane, cramoisie de colère, lui débita le pire de ce qui la rongeait quotidiennement ; au point d’en devenir aphone.

 

Le lendemain, elle n’eut pas un regard pour son mari et se jura de ne plus adresser la parole à cette garce de pimbêche, qui nourrissait à son encontre, une jalousie féroce et maladive. Au début de leur relation, Christiane, se souvenait encore des paroles de Didier. - l’Amour est si fragile, que pour le préserver, il faut surprendre l’autre et ne surtout pas, se laisser aller à la routine. Une suite de mots imposteurs qui niaient ce qu’il était vraiment : un ours mal léché qui n’aimait rien ni personne. Quelle connerie ! Pour lui, ce fut un jeu d’enfant, de l’embobiner, de l’attirer dans sa toile visqueuse imprégnée de fourberie et de mensonges. A côté de cela, elle avait dû regarder la vérité en face. Le supporter tel qu’il était : froussard et fourbe. Une contrefaçon de ce qu’il avait été lors de leurs premières amours. Leur relation était factice. Pour la façade. En présence de sa mère, son père… bref, de sa famille, il lui prenait la main, l’appelait mon cœur… Et, dans l’intimité, il se montrait si versatile, si destructeur, si faible de caractère, que Christiane se laissait consumer lentement ; essentiellement pour l’amour de sa fille.

 

En remontant vers la capitale, Didier, proposa à sa femme, de s’arrêter chez sa mère, qui habitait une maison minuscule construite en pleine brousse, à proximité d’un bourg. Depuis la mort de son mari, elle vivait seule à la merci de son vice, l’alcool, de son alcoolisme, de ses dépressions et de ses multiples maux qui l’avaient conduite plusieurs fois à l’hôpital. Après des politesses de convenance (car Didier détestait sa belle-mère) il proposa d’aller déjeuner dans un des nombreux restaurants de Chinon. Christiane, perceptible au climat lourd de sous-entendus qui régnait au cours du repas, perturbés par les regards impatients de son mari, qui s’astreignit à soutenir sa belle-mère jusqu’aux toilettes, elle se referma dans le silence, en priant que cela se finisse vite.

 

Lorsqu’on se quitta et que la voiture eût démarré en direction de Paris, Giselle, sa mère, debout devant le perron, lui fit un signe de la main en guise d’adieu. A cet instant, Christiane, eut l’intime conviction qu’elle ne reverrait jamais sa maman. Pendant quelque seconde ses yeux restèrent attachés à la silhouette de celle qui l’avait mise au monde et, malgré tout, elle en était certaine, qui l'avait aimée !

 

 

Par CANNELLE - Publié dans : UNE VIE...
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Jeudi 4 octobre 2012 4 04 /10 /Oct /2012 11:46

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....................................................................................... 89ème épisode

Comme chaque dimanche lorsqu’il en avait le loisir, Didier, revenait du marché les mains encombrées de sacs plastique débordant de fruits, de légumes, de viande et autres denrées… La bouffe, hormis les parties de pêche à Arromanches, c’était sa grande passion !! A cette époque, concernant la nourriture, Didier, dépensait sans compter ! Le samedi, toutes les fois où il en avait le temps, il prenait la voiture, embarquait sa femme et Roselyne et roulait en direction du 7° arrondissement, de la sélecte rive-gauche, plus exactement rue Clerc, pour faire les courses de la semaine. Inutile de préciser qu’on y trouve les meilleurs produits ; mais à des prix… Sans commentaires ! Le jour du Seigneur et à l’occasion,  Didier, achetait des mignardises chez le meilleur pâtissier du quartier, pour le petit déjeuner de Roselyne et son épouse. Son grand kif, avant d’avaler un café au tabac du coin, c’était d’arpenter de long en large les allées du marché de l’avenue de Versailles, en scrutant les étalages, afin d’y dénicher les meilleurs cochonnailles du terroir français. Il aimait côtoyer les ménagères affublées de leur caddy et de leur marmaille, se fondre dans le brouhaha assourdissant de la foule, mêlé aux cris gouailleurs des chalands… Une ambiance qui, pour mon Essentiel, était trop stressante ; alors que pour son mari, c’était une détente !!

 

Ce matin-là, après avoir déposé ses courses dans la cuisine, Didier, pénétra directement dans la salle-à-manger, posa le paquet de mignardises sur la table et, avec un soupir de satisfaction, s'affala sur une chaise. Ses yeux pétillaient et son sourire irradiait. – Tu ne devineras jamais ! S’exclama-t-il, en accrochant son regard à celui de sa femme. - C’est invraisemblable !Quoi ? Qu'est-ce qui y'a répondit Christiane, intriguée et impatiente. - Tu vas pas m'croire !! Eh bien, dis-moi ; parle, bon sang ! - Ce n’est pas croyable ! répétait Didier, à la suite.

 

Christiane, reçut la nouvelle, comme un arbuste cisaillé par la foudre. La nourrice de sa fille qui se prénommait Juliette, trompait son mari avec un jeune homme issu d'une famille à la réputation sulfureuse. La vie réserve de ces surprises ! N’importe quelle femme ; mais pas elle ! murmura Christiane, encore sur le coup. Juliette renvoyait l’image d’une ménagère « popote « assidue à son foyer, à ses enfants et à son mari. Et, en plus, elle gardait des marmots en bas âge ; dont Roselyne, qu’elle avait maternée, le temps de sa petite enfance. De taille moyenne, grosse, le visage rond et pétillant de santé, sans aucune coquetterie… Elle cachait bien son jeu !! La plupart du temps, lorsque Christiane la croisait, elle était affairée à jacasser au coin d’une rue, avec Pierrette, Pauline ou Jacqueline… Cette dernière, passait pour une commère ; une femme sans artifices et sans histoires. Une bonne nounou joviale et sans prétentions. Comme quoi, il ne faut jurer de rien ! Ce sont des ragots ! Je n’arrive pas à y croire… Se disait Christiane, intérieurement. Juliette, n’avait rien d’une femme fatale et sexy ; surtout que le gars dont il était question, sur le plan du physique, il faisait son petit effet. Il était grand, élancé, bien baraqué et plutôt beau gosse ! Le mari de Juliette était marocain. Un petit homme fluet, effacé, pas très loquace et plutôt travailleur. Apparemment gentil. Un féru de bateaux et de pêche en mer. En fait, sa femme, menait la barque ! Lui, ramenait l’argent, en n’attendant qu’une chose, le retour à la maison ! Le couple, était propriétaire d’un petit deux pièces qui faisait penser aux souks de Tanger, en plus bordélique. En vérité, Juliette, n’était pas une maniaque du ménage ! Les chiens, les trois gosses et les adultes ; tout le monde cohabitait dans la poussière et les odeurs… Elle prétendait adorer les enfants… Combien de fois, Christiane, avait-elle récupéré sa fille qui n’était en ce temps qu’un bébé, la couche trempée ; alors que Juliette, jurait qu’elle venait de la changer !! Non. En réalité, si elle s’embarrassait de mômes à torcher, s’était uniquement pour l’argent. D’ailleurs, elle aimait l’argent. Une fois, alors qu’elle prétendait aider Christiane à faire son ménage, cette dernière, la surprit la main dans le sac (c’était le cas de le dire !). Suite à des rumeurs qui se propageaient telle une trainée de poudre et qui naissaient dans les alcôves des langues de vipères, le couple aurait été soupçonné de cambriolage. Christiane en avait fait les frais. Surtout que la coquine avait le double de ses clefs !!! Ce ne fut pas un gros larcin… Quelques pièces de dix francs, une chaîne hifi et d’autres babioles telles que des bijoux en or. Il ne faut pas pousser le bouchon trop loin ! Ainsi, Christiane, saturée par l’attitude de Juliette, son laisser-aller, ses mensonges et sa mauvaise foi, avait mis un terme à leur collaboration.

 

Dans le quartier, le scoop fit l’effet d’un cataclysme. Une bombe à retardement qui devait exploser quelques temps après et faire des dégâts irréversibles. Cette histoire dépassait l’entendement. Ce garçon, d’un âge encore tendre, dont elle s’était amourachée et qui devait certainement lui ravager le cœur, était un voyou notoire. Mais, le Diable, s’était déguisé en Prada !

« La vie est peu de choses, me dit mon amie la rose, qui est morte ce matin… »

Certes ; la vie est peu de choses. Sans le vouloir, en s’étourdissant et perdant le sens des réalités, on peut parfois la détruire du jour au lendemain ; et là, tout s’écroule et s’en va en fumée. Tel un feu de paille dont il ne reste que des cendres !

 

C’est une femme effondrée et en larmes que Christiane rencontra un matin. Visiblement au bord du précipice, elle prit le bras de mon Essentiel, en l’attirant vers la brasserie la plus proche. Elles s’installèrent à une table et commandèrent deux cafés. En pleurs et suffocant de chagrin, Juliette, oubliant sciemment leurs relations houleuses d’autrefois, éprouva le besoin de se vider le cœur et de s’épancher sur des oreilles bienveillantes. Tout en essuyant ses larmes qui ruisselaient sur ses joues, elle lui relata le drame dans ses moindres détails. Son mari qui, contrairement à sa froideur apparente, devait beaucoup l’aimer, s’était enfermé à clef dans l’unique chambre du petit deux pièces et, muni de sa carabine, il s’était suicidé d’une balle en plein poitrine ! Si ce n’était pas par amour, cet homme encore jeune, que nous avions côtoyé de près lors d’un week-end en Vendée, avait été terrassé par l’humiliation et la honte. Ses origines avaient parlé et tranché ! Le mal était fait. Le destin s’était accompli. Tout cela à cause d’un margoulin, d’un coureur de jupons ! A présent, qu’allait-elle devenir avec ses trois garçons ; dont l’un d’eux, était un simple d’esprit… ?

 

Depuis cette histoire dramatique qui aurait fait la « une » des journaux à sensations si les précurseurs avaient été des célébrités, ne fit sans doute pas une ligne dans les quotidiens. Même en très petits caractères… Christiane, n’aura jamais revu la nourrice de sa fille. Elle fit son possible pour cacher l’horreur de la situation à la petite. Les potins lui apprirent que Juliette, avait pris ses clics et ses clacs pour déménager incognito à Rambouillet, une commune où personne ne connaissait son passé et, surtout, où personne ne pourrait la juger. En tant que copropriétaire, elle avait disparu en laissant une dette colossale au syndic de son immeuble. L’épilogue fut des plus banals : l’appartement fut vendu par adjudication. Quelle misère. Aujourd’hui encore, Christiane, repense à cette femme au dehors si bon enfant à qui « on aurait donné le bon Dieu son confession » et à ses malheureux enfants traumatisés par le suicide d’un papa, dont l’absence perdurerait. Leur mère, coupable du péché d’amour, était la seule à incriminer. Elle était coupable de faiblesse. Coupable d’avoir succombé aux charmes d’un maraudeur qui lui avait fait miroiter une vie meilleure. Coupable d’avoir cru au bonheur et de s’être sentie – peut-être pour la première fois – « FEMME ». A l’époque, l’ainé n’avait que seize ans et le plus jeune, douze ans. Et Juliette, qui s’était entiché d’un marginal, avait-elle finalement trouvé ce qu’elle cherchait ? Qu’étaient-ils devenus ? Etait-elle dans le besoin ? Dieu seul, le savait !!!

 

 ........................................................................................................ A suivre

Par CANNELLE - Publié dans : UNE VIE...
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Dimanche 1 juillet 2012 7 01 /07 /Juil /2012 10:41

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.......................................................................... 88ème épisode

Comme tous les ans au retour de vacances, Christiane, dût chasser l’appréhension qui lui pesait sur l’estomac. Bien qu’elle n’acceptât pas sa vie qui n’était qu’une suite de malentendus et de désappointements, elle fît appel - encore une fois – à toute sa volonté pour contrer cet état dépressif chronique qui la corrodait à longueur de temps et qui la laissait si réceptive. Aux yeux de sa fille, elle fit bonne figure et s’efforça de contrôler ses irrépressibles envies de pleurer qui lui étreignaient la gorge. Pendant un mois, les factures et les injonctions de payer, n’avaient cessé de s’accumuler dans la boîte aux lettres. A chaque fois, c’était un défit d’ouvrir chaque enveloppe. La petite, devaient passer en CE2 et c’est à la fois surexcitée et légèrement inquiète, qu'elle abordait la rentrée des classes. Christiane redoutait l’automne ; octobre et surtout novembre, des mois mornes et entachés de mélancolie. A Paris, les hivers étaient interminables et se prolongeaient au-delà du printemps !

 

Au cours du mois de novembre, des grèves réccurentes, générées par un plan de retraite proposé par le Gouvernement « Juppé », se déclenchèrent en signe de protestation. Le genre de grèves que l’on n’avait pas vu depuis 1968. Environ deux millions de travailleurs du secteur public cessèrent le travail pendant un mois ; ce qui déclencha des manifestations de tout bord, partout en France. Ces grèves paralysèrent les communications de toutes les grandes villes de France. Pendant quatre semaines, les journaux, la télévision et la radio furent dominés par les discussions du conflit social. Et tout ceci, après l’élection aux Présidentielles de Jacques Chirac. Les travailleurs, privés de transports en commun (tout était arrêté) ressortirent leurs vieux vélos pour se déplacer ou faute d’autres moyens, utilisèrent le « stop ».

 

Etait-ce dû au contexte du moment ? Or, Christiane, pourtant confortée par la pensée de ne pas à avoir subir l’obligation du boulot et d’affronter chaque jour - comme les copains - le « casse-tête » du trajet, se découvrit des angoisses qui lui donnait la sensation d’une enclume au centre du plexus solaire, ainsi que des sensations d'étouffement ; jusqu’à, qui sait ? Faire une attaque…? La rupture d’un anévrisme ou crise d’hémiplégie (fréquentes dans la famille)…Les nerfs tendus à fleur de peau, chaque bruit quel qu’il fût, lui faisait l’effet d’une décharge électrique qui s’insinuait dans chaque fibre de son corps. Cet état d’angoisse avancée commençait à la tombée de la nuit et durait une bonne partie de la nuit. Mon essentiel dût se traîner jusqu’à chez son médecin qui lui prescrivit un traitement d’anxiolytique.

 

Malgré son état, Christiane, ne s’écoutait pas. Qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, tous les soirs vers 16 heures 15, elle s’habillait chaudement, se saisissait de ma laisse et, en route pour l’école ! Un soir, alors que nous abordions le boulevard Murat, ma maîtresse aperçut au loin une silhouette qui lui était familière. Une petite femme aux jambes maigrelettes et aux cheveux frisés blond décoloré, attendait devant la porte de l’école. A n’en pas douter, c’était Mado ! Que faisait-elle là ? Il était certain qu’elle attendait quelqu’un ! Bouche bée, Christiane vint à sa rencontre et, après l’avoir saluée, lui demanda la raison de sa présence. Je ne sais plus ce qu’elle répondit mais, toujours est-il, qu’elle justifia sa présence. Christiane, repoussant toute logique, se précipita dans ses bras. Evidemment, Roselyne, était ravie de retrouver celle qu’elle considérait comme sa grand-mère. Elle lui sauta au cou et puis elles repartirent bras dessus et bras dessous, en direction de la Seine. Moi, toute guillerette, je trottais derrière ma maîtresse. Les amours, en pleine renaissance, reprirent de la vigueur et puis dans l’élan de la réconciliation, les deux femmes décidèrent de se tutoyer.

 

Il était prévu que Giselle, monte à Paris, pour les fêtes de Noël. Certes, face à cette nouvelle, les craintes de Christiane, étaient justifiées et elle focalisait sur cette perspective. L’extrême mauvaise volonté que Didier, son mari, affichait à l’encontre de sa mère, lui coupait toute envie de faire bombance. L'estomac clôturé, nauséeuse, elle pouvait rien n'avaler ! Plus gougea, tu meurs ! Ses regards excédés, ses soupirs, les vannes qu’il adressait à la pauvre femme, quasiment impotente, liquéfiait mon Essentiel. Giselle se déplaçait en taxi. Du lieu où elle habitait jusqu’à Paris soit, 350 kilomètres aller/retour, lui coûtait une petite fortune. Pour subir son mufle de gendre, c’est trop cher payé ! Or, avait-elle le choix ? Diminuée, vieillie, elle faisait peine à voir ! D’autant plus, qu’elle avait beaucoup grossi et donc, était d’autant plus lourde à soutenir… Pour ce repas de Noël, Christiane, avaient sorti tout ce qu’elle avait de plus précieux en vaisselle. Elle aimait les jolies tables. Y étaler une belle nappe sur laquelle des bougies étincelaient, y placer des verres à pied en cristal, des couverts en argent… Mado, avait été conviée. D’emblée, percevant le mal-être de Christiane, elle proposa d’héberger Giselle. Habituellement, celle-ci, séjournait dans un hôtel situé par loin de chez nous. Hélas, à la maison, on ne pouvait pas pousser les murs… Combien, Ô combien, Christiane aurait adoré habiter un appartement assez grand, pour y recevoir sa mère ; sans devoir subir toutes ces humiliations, ces réflexions acides… Dans cette hypothèse la vie aurait été tellement facile ! Plus de promiscuité, un lit pour se coucher quand on est malade, plus de télévision à subir tous les soirs que Dieu faisait et, le plus important, un endroit à soi pour se retrouver, lire tranquillement, pleurer ou, tout simplement, se recueillir… Il était inutile de rêver. Christiane le savait. Elle devait accepter son destin.

 

Parfois, plus par malice que par gentillesse, son mari Didier, lui avait fait miroiter la possibilité d’un déménagement. Cependant, il avait toujours exprimé des impasses à ce projet. Une fois, devant sa belle-mère, Giselle, il avait bien insisté sur le fait qu’il pourrait obtenir un autre appartement des H.L.M. ! Or, d'après lui, il se trouvait un obstacle de taille : il payait chaque mois le loyer de son ex-femme et donc, naturellement, il ne pouvait se permettrait de débourser un loyer plus conséquent !! Le tout, dit sur un ton de provocation qui n’admettait aucune objection. Inutile d'en découdre et de provoquer un conflit. Ce jour-là, mon Essentiel, avait pointé le nez sur son assiette, en s’efforçant de ravaler la colère qui lui comprimait la gorge. A chaque fois, elle se remémorait les serments du début de leur liaison. Christiane, naïve, s’était laissé embobiner par des boniments acidulés qui lui avaient donné le sentiment d'être une reine. Dans sa tête, elle avait fait l’ébauche d’une famille idéale et avait fini par y croire. C’est au retour de leur voyage en Thaïlande que tous ses projets de bonheur s’étaient effondrés tel un château de cartes.

 

C’est pourquoi, elle se cramponnait tant à Mado, qui lui illuminait sa vie. Cette femme brisait la monotonie de son quotidien en lui apportant l’illusion d’être aimée et comprise. Mado n’avait pas été longue à assimiler les points positifs de cette fausse amitié ; dont elle jouait le rôle à ravir… Les dernières querelles avaient encore consolidé les liens entre les deux femmes, qui semblaient désormais, inaltérables. Et que le tutoiement venait encore de raffermir.

 

La danse orientale était aussi un bon garde-fou. Un plaisir éphémère qui la déstabilisait tant ! Cependant, son besoin omniprésent d’EXISTER, se répercutait sur sa santé mais, il était incontournable ! Pour en revenir à Giselle, cette dernière, tout en se gardant d’émettre la moindre critique à l’endroit de son gendre et des ressentiments qui l’animait, elle se contentait d’observer et d’écouter. Parfois, tout en jetant à regard de connivence à sa fille, elle réprimait un droit de réponse qui pourtant lui brûlait les lèvres. Pour l’amour de Christiane et de sa petite fille, elle faisait abstraction de la stupidité et la méchanceté de son gendre…

 

Depuis, 1994, la dernière année de leurs vacances passées à Djerba, le couple n’avait plus aucune nouvelle de Mylène et de Jo, qui les ignoraient totalement. Ils n’avaient même pas été conviés à leur mariage ! Un comportement qui laissait entrevoir la dose d’amitié que Mylène conservait pour Christiane. Roselyne voyait son père par intermittence. Lorsque Monsieur déniait montrer signe de vie, il téléphonait pour donner rendez-vous à son ex et sa fille, au « Fouquet’s », avenue des Champs-Elysées. Après avoir bu un verre ou deux, tous trois partaient dîner au restaurant. Cette situation déplaisait à Didier. Toujours aussi jaloux et possessif, il redoutait que sa femme le quitte pour rejoindre le géniteur de sa fille. Dans la mesure où c’était impossible, il se rongeait les sangs pour rien ! Jamais, Ô grand jamais ! Christiane n’aurait voulu revivre ce qu’elle avait si mal vécu auprès de Tahar ! Et puis, la petite fille, qui avait alors neuf ans, n’aurait pu supporter la séparation d’avec celui qu’elle considérait comme son papa : Didier. Malgré tout, Tahar s’évertuait à ignorer les pensées profondes de ce dernier. Il jouait parfaitement le rôle de celui qui ne savait pas.

 

C’est ainsi qu’il fit sensation lors de l’anniversaire de sa fille. Pour l’occasion, il insista pour nous inviter dans un restaurant libanais que tenait l’un de ses «potes ». Tahar était un homme pragmatique et très calculateur… Il gardait toujours son self-control et ne se montrait jamais en spectacle. Il voyait, épiait et étudiait l’autre, sans faire de vagues. Tel un fauve, il réfléchissait à sa stratégie et attaquait ; impitoyable et sans sensibilité apparente. Il n’était jamais été perturbé par les remords et dormait sur ses deux oreilles, comme un bébé ! Lorsqu’il voulait atteindre un but, tous les moyens étaient bons… Donc, ce soir-là, pour fêter l’anniversaire de sa fille, il s’était arrangé avec un ami. Nous étions en janvier et il faisait un froid à ne pas mettre un loup dehors ! Grosse déception. Le restaurant avait l’allure d’un bistro sans âme et sans chaleur ; dans tous les sens du terme ! On gelait littéralement ! Didier avait été convié dont d’autres amis que nous ne connaissions pas ou seulement de vue. Christiane, tout sourire, saluait les uns et les autres tout en veillant à masquer son embarras. Et pour cause : les invités en cessaient de s’adresser à elle, en l’appelant « Madame Tahar » et ce, devant Didier, qui rageait intérieurement. Roselyne – tout à son innocence – interpellait son géniteur en l’appelant "papa" et lorsqu’elle s’adressait à Didier, elle l’appelait également « papa ». La tablée, tout en s’abstenant de poser des questions, semblait interrogative. Pour la petite, émerveillée par tous ses cadeaux, c’était naturel ! Normal ; elle avait deux papas ! Valait mieux deux que pas du tout ! C’est ce que lui assurait sa mère… Christiane en conclut que personne n’était au courant de sa rupture avec Tahar ; d’où ce quiproquo… Roselyne exultait. C’était ce qui comptait ! La fille de mon essentiel venait de fêter ses neuf ans. Toutes ces années avaient défilé sans que Christiane puisse maîtriser les évènements. Telle une mouche engluée dans un pot de miel, elle se débattait à pure perte ! Elle n’entrevoyait aucune issue car elle s’était laissé prendre au piège !

.................................................................................................... A SUIVRE

 

 

 

 

 

 

 

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